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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 13:18

La police devant les usines du textile bangladais, où des débrayages se sont soldés par le licenciement de plus de 1500 travailleurs par les groupes sous-traitants de marques occidentales telles que Gap, Zara et H&M.

Les manifestations pour les augmentations de salaire dans le secteur du textile ont été violemment réprimées. Au moins 1500 ouvriers ont été licenciés dans des entreprises qui fournissent les grandes marques occidentales.

 

La grève s’est achevée dans le sang. Des ouvriers du textile bangladais réclamant des augmentations de salaire ont été violemment réprimés après avoir pris part à des manifestations ce mois-ci. Les débrayages, qui ont forcé une cinquantaine d’usines sous-traitantes de marques occidentales telles que Gap, Zara et H&M à arrêter totalement la production pendant une semaine, se sont également soldés par le licenciement d’au moins 1500 travailleurs. Les premières manifestations, qui ont leur origine dans le renvoi de 121 ouvriers, ont vite laissé place aux revendications salariales et au triplement du salaire minimum mensuel de 63 euros. Un revenu bien loin du salaire vital. Ce concept va plus loin que le revenu minimum puisqu’il entend que le salaire « doit au minimum correspondre au salaire minimum légal ou pratiqué dans un secteur donné, et doit toujours suffire au travailleur à subvenir à ses besoins élémentaires (logement, alimentation, santé, éducation – NDLR) et à ceux de sa famille, tout en lui laissant une part de revenu discrétionnaire », explique le réseau international Clean Clothes Campaign.

 

Dix manifestants ont été blessés par des balles en caoutchouc

Dans ce pays coutumier de la répression antisyndicale, dix manifestants ont été blessés par des balles en caoutchouc. Les cortèges ont été déclarés illégaux par le pouvoir et trente manifestants, sept responsables syndicaux et un journaliste ont été arrêtés. « Toutes les usines ont repris la production. Et 90 % des travailleurs se sont remis au travail », s’est ainsi félicité Nur Nabi, de la police de Dacca, précisant que cinq enquêtes avaient été ouvertes contre des « travailleurs indisciplinés » en plus des licenciements. Les ouvriers concernés ont découvert leur renvoi de retour à l’usine sur les listes placardées à l’entrée. Selon Babul Akhter, président de la Fédération des travailleurs industriels et du vêtement du Bangladesh, le nombre de travailleurs licenciés serait même bien supérieur aux chiffres officiels. Ce dernier évoque le renvoi de 3500 personnes et l’arrestation de 50 syndicalistes.

 

Le salaire minimum reste l'un des plus bas du monde.

D’aucuns se félicitaient pourtant des « progrès » réalisés dans le domaine du textile depuis l’effondrement du Rana Plaza, en avril 2014, qui avait entraîné la mort de 1134 personnes. Après le drame, soixante-dix marques européennes signèrent un accord visant à améliorer la sécurité et les conditions de travail dans les usines. Des contrôles réguliers avaient également été décrétés, même si le nombre d’inspecteurs reste à l’heure actuelle insuffisant pour les 4500 usines à bas coûts. « Il s’agit d’avancées non négligeables mais le compte n’y est pas », estime Amirul Haque Amin, président de la Fédération nationale des travailleurs de la confection. Malgré les augmentations, le salaire minimum reste l’un des plus bas au monde et les enfants des bidonvilles travaillent en moyenne 64 heures par semaine pour un salaire hebdomadaire de 8 euros environ. Le secteur du textile pèse pourtant 30 milliards de dollars dans l’économie nationale.

 

Si le gouvernement s’est engagé à collaborer avec l’Organisation internationale du travail (OIT), il n’hésite pas non plus à ressortir du placard une loi controversée sur la sécurité de l’État datant de la guerre afin de faire taire les ouvriers. « Lorsqu’un ouvrier est suspendu ou licencié par le propriétaire d’une usine, il lui est très difficile de retrouver un travail. Les patrons établissent une liste de ces travailleurs ainsi que leurs photos et les distribuent. Il est alors impossible à ces travailleurs de retrouver du travail dans cette zone », souligne Taslima Akhter, une responsable syndicale. La méthode est justifiée au sommet de l’État. Il y a une semaine, le ministre du Travail, Mujibul Haque Chunnu, assurait que les grévistes souhaitaient « détruire l’industrie du textile ». Au Bangladesh, un député sur dix ou sa famille possède une usine. Mais les responsables syndicaux soulignent régulièrement que le vrai pouvoir se trouve du côté des marques occidentales, qui, en imposant des délais intenables et des coûts toujours plus bas, entravent l’amélioration des conditions de travail.

 

LINA SANKARI. JEUDI, 29 DÉCEMBRE, 2016. L'HUMANITÉ.

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Published by Pierre Assante
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Auxerre Eric 27/01/2017 18:48

Merci pour votre veille permanente.

Pierre Assante 27/01/2017 21:42

Merci beaucoup à vous même
Pierre

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