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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 10:19

Paul BOCCARA, 24ème Congrès du PCF, 1982 : « Sinon on abandonne au patronat, à la droite et aux réformistes ce terrain décisif de la lutte révolutionnaire d’aujourd’hui ».

 

Certes, user du mot trahison correspond à un sentiment légitime de trahison, quand après avoir fait de « la guerre contre la finance » le mot d’ordre de sa campagne électorale, le président Hollande et son équipe ont cédé aux injonctions du MEDEF. Le comportement de ses ministres aux instances de cette représentation patronales en étant l’aspect le plus visible, et le financement accru par l’Etat des profits capitalistes en étant les moyens, de cette trahison.

 

Le MEDEF, ce n’est pas la petite entreprise, c’est le CAC 40, ce sont les grands groupes financiers, leurs bases industrielles et commerciales monopolistes « à base française » dans le monde numériquement informationnalisé, c’est à dire où ils exercent le plus de pression sur les Etats.

 

Mais la trahison n’est pas l’essentiel. S’en tenir à ce sentiment c’est conforter toutes les opérations de rechange du capital, telle l’opération de Macron, au lieu de mettre en œuvre des mesures susceptibles de s’attaquer vraiment à la finance pour gouverner autrement et sortir la France, l’Europe et le Monde de la crise.

 

Car en fait de trahison, elle s’accompagne de l’incapacité de la part des accusés de gérer le pays, l’Europe et le Monde et de les gérer non en monarques mais en animateurs d’une action populaire sans laquelle aucun progrès ne peut être promu.

 

Dans l’Humanité d’aujourd’hui, deux articles, parmi d’autres retiennent particulièrement mon attention ;

 

- l’appel à une candidature commune Hamonmélanchon sans laquelle le pouvoir reviendra à ceux dont le programme est « tout changer pour que rien ne change » avec à la clef une politique de poursuite de l’austérité et de l’autoritarisme qui aggravera encore la crise ici et partout et ses conséquences sur la vie quotidienne des êtres humains, les salariés et les plus démunis en priorité.

 

- l’article de Denis Durand sur les mesures nécessaires pour mener une guerre victorieuse contre la finance, soulignant les limites des programmes des candidats Hamon et Mélenchon dans ce domaine, limites à combler par l’intervention populaire, économique et scientifique sur ces programmes.

 

Le rassemblement populaire, syndical et politique sur des objectifs de contenu opérationnel, économique en particulier (ce qui n’empêche pas que « le cœur » parle aussi) est donc une tâche à poursuivre, y compris en cas de victoire politique des forces de progrès aujourd’hui ou plus tard, la bataille ne se limite pas aux présidentielles.

 

En témoigne les échecs de l’après 1981 mitterrandien et de l’après 1997 jospinien.

 

Rien ne peut changer en bien sans une capacité de gérer, sans mesures autre que des indignations et des sentiments et des mesures décousues constituant non une synthèse mais une erreur composée,  mais en étant capable d’inventer et d’appliquer des mesures rationnelles, scientifiques, soutenues pas un mouvement populaire et par une participation consciente des salariés et de la population à la construction de moyens de production et d’échange correspondants aux besoins humain en mouvement. Ceux d’un XXIème siècle de révolution scientifique et technique inouïe, de renaissance économique, politique et culturelle et de son déroulement en santé.

On ne peut parvenir à un progrès quantitatif et qualitatif de la production sans les producteurs, leurs savoirs, leurs savoirs faire, leur implication matérielle et morale dans une cohérence collective librement construite par tous, dans leur infinie diversité.

 

J’ai repris les interventions du 24ème congrès du PCF, 1982, en particulier celles de Paul Boccara et celles de Philippe Herzog. Ce Congrès avait lieu après la victoire de la gauche de 1981. Les nationalisations battaient leur plein. Mais l’usage du capital restait le même y compris dans les entreprises nationalisées. Rien n’était fait pour une autre gestion des entreprises, pour une action sur les mouvements nationaux et mondiaux des capitaux et leur poursuite du profit sans tenir compte des besoins de développement de la production, de l’emploi, de la personne dans son travail, et de la population dans sa vie.

 

Comme il est  difficile aujourd’hui d’accéder à ces documents il serait du plus grand intérêt, dans le but d’utiliser les expériences passées pour éclairer le présent et construire le futur proche et lointain, de débattre politiquement des propositions et critiques d’alors.

 

Je ne citerai que cette phrase afin de tirer la substantifique moelle de ces interventions et amorcer un débat nouveau nécessaire. Il faudrait en citer bien d’autres sur les critères de gestions, sur les batailles internationales et les replacer dans leur contexte, c'est-à-dire un stade de la mondialisation capitaliste beaucoup moins développé qu’aujourd’hui, mais dont les orientations de base encore actuelles étaient déjà en œuvre.

 

« …On dit enfin : on risque d’entrer dans la collaboration de classe. C’est évident que les patrons, les dirigeant acquis à la gestion actuelle et d’autres essaieront d’avoir des travailleurs qui cherchent à intervenir dans la gestion. Et alors ? Les communistes aussi agiront et apprendront en se battant. Si l’on craint de prendre des coups, on ne peut en donner. Même si l’on va au tapis, on se relève, et on frappe mieux à la fois suivante. Sinon on reste en spectateur de la gestion, on ne monte pas sur le ring, on abandonne au patronat, à la droite et aux réformistes ce terrain  décisif de la lutte révolutionnaire d’aujourd’hui…

…Non, les propriétaires du capital de l’entreprise ne doivent plus monopoliser le droit à la gestion ! Ils doivent le partager, et de plus en plus, avec les travailleurs de l’entreprise.  OUI, il faut démolir les bastilles de la gestion monarchique des entreprises. Mais en construisant pierre à pierre, en organisant l’intervention de tendance autogestionnaire des travailleurs.  Et cela même si les dirigeants du CNPF (ex-MEDEF ndlr) protestent contre le caractère prétendu « anormal » d’une intervention des travailleurs dans la gestion… ». Paul Boccara, Février 1982.

 

Le gouvernement de gauche était alors majoritairement socialiste mitterrandien, avec participation de ministre communistes. la crise systémique n’en était pas au point actuel de blocage et d’effondrement lent ou rapide possible, économique et écologique d'aujourd'hui. C’est dire que ces questions sont plus urgentes et capitales que jamais. J’y ajouterai une autre citation d’aujourd’hui, qui découle aussi des travaux de Paul et de la Commission Economique du PCF et  qui pointe la critique des limites des programmes de gauche présidentiels actuels :

 

« …Une renégociation des traités n’a aucune chance d’aboutir à l’horizon d’une législature. Nous proposons une autre méthode : obtenir dès aujourd’hui, dans le cadre juridique et technique existant, que l’argent de la BCE serve à des projets précis d’investissements favorables à l’emploi, à la création de valeur ajoutée dans les territoires, à la transition écologique. Cette proposition peut nourrir des objectifs de lutte décentralisées et convergentes. C’est le meilleur moyen de construire une majorité pour une refondation de l’UE avec d’autres traités… » Denis Durand, Février 2017.

 

Notre civilisation est-elle "à la hauteur" de ces objectifs pour construire un futur, et un nouveau viable, une poursuite en santé du processus humain ? Si nous n’essayons pas, la réponse est d’ores et déjà négative.

 

Si nous essayons, nous pouvons avoir grand plaisir de notre action dans le drame humain.

 

Pierrot, 27 mars 2017

 

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Published by Pierre Assante
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Besse Daniel 28/03/2017 15:30

Nationalisation
J'ai travaillé dans une entreprise qui fabriquait des isolateurs en verre trempé ( isolateurs que l'on voit en haut des pylones ) . L'entreprise était leadeur mondial et faisait partie de la CGE ( compagnie generale d'electricité ) L'entreprise embauchait jusqu'en 1980 ,on etait 824 salariés.
On a été nationalisé en 1982
En 1983 c'est le tournant de la rigueur de Mitterrand.
1984 ,le directeur de l'usine recoit la consigne de se débarrasser de 60 salariés.
Comme il freinait les licenciements il a été mis en pré retraite a 59 ans en 1985 .
Un autre directeur est arrivé , un patron de combat comme on dit dans notre jargon .
Depuis cette date les effectifs n'ont fait que chuter.
Sous le 1re septennat de Mitterrand les effectifs sont passé de 824 a 500 .
En 1986 la CGE a été privatisée et les effectifs ont continué de chuter jusqu'a la fermeture en 2004 .Malgré les luttes une CGT et un PCF bien implantés .On a été vendu a un concurrent alors que l'entreprise faisait 46,60 pour cent de marge.
Je me souviens lors de l'actualisation du programme commun , les économistes du PCF disaient que les nationalisations de Mitterrand étaient des coquilles vides.
Nationalisation ne veut rien dire du tout , c'est le contenu qui compte . Aujourd'hui on emploi plus le terme de socialisation des moyens de productions ( donner du pouvoir aux salariés dans l'entreprise et aux citoyens dans la citée ) . Salut

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