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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 21:43

Maastricht foulé aux pieds

 

La Banque centrale européenne (BCE) piétine actuellement avec ses gros sabots l’un des principes les plus sacrés de Maastricht, celui lui interdisant de racheter de la dette publique de la zone euro. Enfin ! dira-t-on, mais ne nous réjouissons pas trop vite car, en fait, il s’agit d’achats de contrebande. Depuis janvier 2015, elle a lancé un programme de rachat de titres obligataires de 80  milliards d'euros par mois qui a été prolongé jusqu’à la fin 2017 mais ramené, au début d’avril, à des rachats d’un montant de 60 milliards. Cette opération consiste surtout à racheter des obligations d'États sur les marchés financiers. C’est dire que la BCE n’acquiert pas ces titres en direct, auprès des trésors publics, mais essentiellement à des banques. Parallèlement, elle a baissé les taux d’intérêts de ses prêts aux banques à quasiment zéro.

Cette politique entend faciliter l’accès des entreprises à un crédit bancaire bon marché et donc à favoriser une relance de l’activité. En fait, elle vise aussi à éviter un krach obligataire de la dette publique européenne. La baisse des taux d’intérêts destinée à diminuer le coût de l’argent conduit à détourner nombre d’investisseurs étrangers des titres de la dette publique européenne, cela d’autant que, de leur côté, les Etats-Unis recommencent à augmenter leurs taux, suscitant ainsi un attrait pour leurs fonds d’Etat. C’est ainsi que l’on constate que les achats d’obligations émises en monnaie européenne par des investisseurs non-européens ont baissé de 192 milliards d’euros en 2016, alors qu’ils avaient augmenté de 30 en 2015. En rachetant à tour de bras ces titres, la BCE se substitue à eux. Mais cette politique n’est tenable que si elle parvient à relancer la croissance réelle de l’activité en Europe, ce qui est loin d’être évident. Pour l’instant, elle a surtout permis de porter à bout de bras les places financières européennes face à un Wall-Street qui bat record sur record.

Le talon d’Achille de ces opérations, c’est que la BCE ne profite pas des circonstances pour imposer une sélectivité aux banques et aux Etats. Elle pourrait en effet varier le montant de ses achats et des taux d’intérêts qu’elle pratique afin d’orienter la distribution du crédit des banques vers les activités socialement efficaces, favorisant un développement de la valeur ajoutée, de l’emploi, de la formation, plutôt que vers les opérations financières. Dans cet esprit, elle gagnerait à acheter directement par le biais par exemple de la Banque européenne d’investissement (BEI) ces titres de la dette publique européenne. Sans passer par les marchés.

 

Pierre Ivorra, l'Humanité, 26 avril 2017

 

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