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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 19:37

Concepts, transformation sociale, luttes quotidiennes :

Section du 8ème arr. de Marseille

Contribution du 12 janvier 2008 à la préparation

du XXXIVème Congrès du PCF de décembre 2008

 

 

Au point où en sont ces échanges, une réflexion s’impose sur les notions employées. Je vais aller brièvement à ce qui me parait l’essentiel dans l’utilisation des notions employées, restant ensuite à les confronter et les enrichir.

Schématiquement :

Un concept est une représentation mentale de la réalité.

Mais cette représentation fait partie de la réalité, de la réalité dans sa « globalité ».

D’autant plus si ce concept s’empare d’un grand nombre d’individus, sous la forme propre à chaque individu et sous sa forme collective.

Un concept est relatif, même s’il décrit vraiment la réalité. Il réclame à la fois une fidélité parce qu’il est arrivé à un certain degré de maturité de la conscience collective, et une infidélité parce qu’il doit être confronté sans cesse au mouvement de la réalité.

Par exemple, le concept de mondialisation. La mondialisation est un phénomène permanent de l’humanité, pas seulement de l’humanité, mais l’humanité lui donne un caractère propre à ce qui forme les propriétés de l’humain, sur le temps long et le temps court. Mais s’il y a continuité dans l’évolution sociale humaine, il y a aussi des transformations en qualité. La qualité de la mondialisation n’est pas la même du temps du commerce maritime méditerranéen antique, du temps de l’Angleterre de Marx, et aujourd’hui.

 

A mon avis, ce qui a causé la « chute » des « modes de production » et des institutions des « pays de l’est », c’est l’inadaptation aux techniques nouvelles de reproductibilité permise par l’informationnalisation, inadaptation elle-même découlant d’une organisation régionale de la mondialisation, du type décrit par Marx pour l’Angleterre, et transposée à un autre type de mode de production par Lénine, les Bolcheviks et le peuple Russe à la Russie. Il y a de fortes chances à parier que si les dirigeants des années 70 de l’Union Soviétique avaient eu la clairvoyance de Lénine, ils auraient tenu compte de cette qualité nouvelle de la mondialisation. Mais c’est raisonner par l’absurde, puisque la société soviétique n’a pas engendré ces dirigeants, même si elle a engendré des débats sur la question, débats qui n’ont pas abouti à une concrétisation au niveau des décisions.

 

Je n’entre pas dans l’analyse historique de ces éléments, mais rapidement sur l’aspect économique global : le concept de mode de production est un concept juste. Mais comme dit Marx dans une de ses préfaces au « Capital » et dans d’autres textes, la dialectique ne s’utilise pas d’une façon dogmatique, elle a les limites du moment historique des concepts et elle ne permet que des abstractions opérationnelles qu’il est nécessaire de confronter à une réalité « particulière », sans perdre de vue la réalité « globale ». Par exemple la baisse tendancielle du taux de profit se vérifie dans le stade de mondialisation actuel, comme dans le stade régional de l’Angleterre de Marx. Ses effets sont vérifiables dans le regain du phénomène de surpopulation relative et d’augmentation d’armée industrielle de réserve aujourd’hui.

 

L’automatisation et ses effets dans les conditions du capitalisme, de même, l’accumulation capitaliste et la centralisation capitaliste. Si Sarkozy ne le sait pas, ceux qui inspirent sa politique du « travailler plus pour -soit disant- gagner plus » (le MEDEF) connaissent cette constatation scientifique de Marx qu’« avec l’accumulation du capital qu’elle produit elle-même, la population ouvrière produit donc en un volume croissant les moyens de sa propre surnumérisation relative », et que « tout capitaliste a absolument intérêt à extorquer une quantité de travail d’un nombre plus restreint de travailleurs, plutôt qu’une quantité de travail aussi bon marché, voire meilleur marché d’un nombre de travailleurs plus important. » Ceci du temps de Marx, alors pensez de notre temps ou l’automation informatique est arrivé à faire fonctionner avec une équipe réduite une chaîne de production immense (concentrée ou parcellisée grâce aux progrès des transports), et que les services ont pris, contradictoirement aux lois-tendances du capital, une ampleur découlant des besoins contradictoires qu’il engendre et que les luttes populaires réalisent partiellement !

Mais aussi ils savent que « la composition [organique] du capital [à ses débuts]ne s’est transformée que de façon très progressive » et que « le curriculum vitae caractéristique de l’industrie moderne, la forme d’un cycle décennal, interrompu de légères fluctuations, de périodes de vivacité moyenne, de phase de presse productive, de cris et de stagnation, repose sur la constitution permanente, l’absorption plus ou moins grande et la reconstitution de l’armée industrielle de réserve ou surpopulation. De leur côté, les aléas du cycle industriel se chargent du recrutement de cette surpopulation et deviennent un de ses agents de reproduction les plus énergique ».

 

Tout ceci fait dire à Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve Fédérale Américaine (FED), cité par l’Huma Dimanche de cette semaine « j’ai attendu et attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires car la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l’inverse d’une productivité qui ne cesse de s’améliorer, or ce découplage entre faible progression salariale et profits historique des entreprises fait craindre une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché ».

D’après la commission européenne, la part des salaires dans le PIB ayant chuté en Europe entre 1983 et 2006 de 8,6 et en France de 9,3%.

 

Dans la notion de concepts, peut-on parler de lois en ce qui concernent « les lois du capitalisme » ? Oui et non : oui parce qu’elles illustrent des fonctions constantes dans le capitalisme, non, parce que le capitalisme (donc des humains) invente chaque jour des remèdes non à ces lois mais aux conséquences de ces lois qui pallient relativement à l’effet de ces lois qui de fait sont donc des lois-tendances.

 

Quand à l’emploi du concept de mode de production appliqué à chaque période d’un développement social, indépendamment des « ruptures » historiques, il n’est pas contradictoire avec la notion de modes de production propres aux « intervalles » entre ces ruptures historiques, s’il sous-entend et une continuité de l’évolution humaine, et les ruptures qualitatives qu’elle comporte.

 

Et puis, il n’y pas que les lois économiques. Des besoins d’une espèce perdurent qui datent de bien avant que soit établis des modes de production modernes (des prémisses de l’agriculture à l’informationnalisation), qui font que l’abolition des classes sociales n’est pas la fin de l’évolution humaine, pas plus que la mondialisation la solution ultime à la survie de l’humanité dans ses individus comme dans son espèce. Elle peut même et aussi, être sa mort, dans la mesure où la mondialisation viable exige certaines conditions, parmi lesquelles, l’abolition de la société de classe, condition nécessaire mais pas suffisante. Il y a lieu de ne pas sombrer dans un concept déterministe ni de la lutte des classes ni de l’évolution de l’humanité et de la nature en général dont l’humanité fait partie, et reconnaître « le droit de la téléologie à une participation causale » en est la condition.

 

Un dernier mot, et une dernière citation de Marx qui doit contribuer aux inquiétudes d’Alan Greenspan :

« Les effets deviennent à leur tour des causes, et les alternances dans l’ensemble du procès, qui reproduit constamment ses propres conditions, prennent la forme de périodicité……. »

« Jusqu’ici, la durée périodique ce ces cycles est comme constant…Au contraire on doit inférer des lois de la production capitaliste, telles que nous venons de les développer, qu’il est variable et que la période de cycles se raccourcira graduellement » (1).

La convergence de ces lois avec une intelligence de la lutte de classe (donc des humains concrets), de ses formes appropriées du moment, dans une période de maturation de la mondialisation informationnelle en crise n’ouvre-t-elle pas la possibilité d’accélération de ces cycles et d’un cycle nouveau, et pour cela, d’une intervention humaine décisive pour la transformation sociale. Et n’est-il pas plus que jamais indispensable de ne pas sombrer dans une vision sociale-démocrate de la transformation sociale ? En tout cas il y a lieu de se préparer à ces éventuelles nouvelles conditions de lutte des communistes, partie intégrante des luttes populaires.

Pierre Assante, le 12 janvier 2008

 

(1) Post scriptum de 2017 : les diverses et multiples théories unilatérales sur les crises considéraient des situations de sous-consommation et d’excès d’épargne où au contraire de surconsommation de d’insuffisance d’épargne. Hors, le développement d’une crise décennale connaît les deux situations. Une vision dialectique tient compte de cette double réalité pour rechercher les remèdes à la suraccumulation-dévalorisation du capital.

D’autant que cette suraccumulation-dévalorisation devient durable dans des crises catastrophiques de cycle long, cycles longs se transformant en une crise systémique durable généralisée du capitalisme, crise de la  production et de la consommation et ses effets sur l’ensemble de l’activité humaine, sans issue sinon dans l’intervention humaine de dépassement du système.  

Marx a découvert des lois du capitalisme : plus-value, profit, baisse tendancielle du taux de profit et lois qui la contredisent, suraccumulation du capital, rôle de l’évolution de la composition du capital, capital constant et capital variable.

Il n’a pu arriver en observant et analysant l’économie politique dans la deuxième moitie du XIXème siècle, jusqu’au capitalisme globalement mondialisé, numérisé, globalement financiarisé, évidemment. Il avait cependant eu une vision anticipatrice de ce capitalisme dans l‘observation des prémices d’une automatisation.

Paul Boccara a développé une théorie dialectique, non unilatérale, des crises de suraccumulation-dévalorisation du capital, (publiée dans les 2 volumes présentant les diverses théories) nécessaire à la compréhension de notre temps et à l’action de transformation sociale en santé. Catherine Mills en a fait la présentation dans la revue « Economie et Politique » et une conférence à la Fondation Gabriel Péri reprise sur ce blog.

 

Le site du PCF contenant les contributions à la préparation du XXXIIIème congrès a….disparu.

En cherchant sur internet j’ai trouvé celle-ci sur ce site ! :

http://collectifbrignoles.over-blog.fr/article-15800241.html

Même s’il y a à redire à cette contribution, j’en suis relativement et modestement satisfait, à postériori.

 

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