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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 07:07

Vous pouvez lire ci-dessous en bas de cette page un article extrait du blog de René MERLE : "D'alema, d'un enterrement à l'autre". http://merle.rene.over-blog.com/

 

En ces temps de dissolution  (voir l'article de "La somme et le reste" et dans "La métamorphose du travail": "De la pensée unique à la pensée dissoute", Pierre Assante), cet article de René Merle et ses comparaisons ne sont pas inutiles.

 

Quand on change l'étiquette du flacon, c'est que le contenu n'est "plus tout à fait" le même. Il fut un temps où l'on voulait "changer le peuple" pour qu'il corresponde à des visées subjectives partisanes. Nous en sommes à inventer une réalité illusoire ici et maintenant au lieu de voir celle qui existe, au lieu d'agir pour la transformer. Ingrao appelait cette opération et son organisation "La Cosa". Il n'est pas étonnant, mais à la fois triste et cocasse, d'y voir adhérer les plus farouches défenseurs de l'immobilisme du mouvement ouvrier dans le passé. 

 

La société de consommation, euphémisme pour désigner la société marchande parvenue à son stade ultime et bloquant du développement humain sain, l'éloignement du travail productif dans les sociétés développées qui abandonnent ce travail productif aux pays émergeants, c'est cela l'idéologie des couches moyennes désespérées adhérentes consciemment ou non des politiques des monopoles. Une réalité bien réelle de la crise et des blocages feront s'y fracasser ces illusions.

 

Le problème majeur de ces constructions fantaisistes est qu'elles freinent et rendent confuses les luttes populaires, lesquelles sont la clef de vrais changements.

 

Menace de première grandeur pour une issue en train de se chercher : comment donner ici et maintenant aux hautes technologie leur visage humain et les faisant adhérer aux besoin humains de développement de la personne dans l'espèce et la nature ("Naturalisation de l'homme, humanisation de la nature" selon l'expression très parlante de Marx). Lorsque les conditions objectives d'une action "se déplacent" d'un lieu à un autre, d'un temps à un autre, il ne s'agit pas d'abandonner cette action, mais d'adhérer  à la réalité humaine mondiale qui ne sera jamais celle de services sans support productif, quand même celui-ci serait totalement automatisé, ce qui ne peut se produire dans une société régie par le profit privé.

 

Pierre Assante, 27 janvier 2011 

 

D'alema, d'un enterrement à l'autre, René MERLE :

 

GoblotQui s’interroge sur les avenirs possibles en France du Parti Socialiste et du Parti Communiste, a sans doute intérêt à considérer ce qui s’est passé chez nos voisins, et particulièrement en Italie. Une toute récente intervention de Massimo d’Alema lors d'un colloque organisé par la Fondation Jean Jaurès (proche du Parti socialiste français), vient de nous le rappeler [1].

Massimo d’Alema a été et demeure un personnage essentiel de la vie politique italienne. Suivons-le dans les différents enterrements, et les naissances corrélatives, où il a joué un rôle essentiel.

 

Premier enterrement :

Né en 1949 dans une famille de militants communistes, Massimo d’Alema a grandi dans le sérail du Parti Communiste Italien (PCI), dont il fut un très jeune permanent, et très vite un haut responsable. C’est dire qu’en 1990-1991, lorsqu’il pousse les feux pour que le PCI abandonne le marxisme et l’appellation de « parti communiste », cette crise de la quarantaine de d’Alema est l’aboutissement des vingt années où il a pratiqué ce parti au plus haut niveau, avec désormais le sentiment d’un échec irrémédiable. D’Alema pensait que ce double abandon pourrait donner un nouvel essor à la gauche italienne réformiste [2 ], et lui ouvrir les portes du pouvoir.

C’est ainsi qu’en 1991 se suicida le PCI, pour donner naissance au Parti Démocratique de la Gauche, PDS (Partito Democratico della Sinistra), qui conservait, sous le nouvel emblème du Chêne, le drapeau rouge frappé de l’étoile, de la faucille et du marteau de l’ex-P.C.I.

En 1992, le PDS, désormais clairement social-démocrate, adhère à l’Internationale socialiste. Il intègre ensuite L’Ulivo (L’Olivier), coalition de mouvements de gauche et de centre gauche qui l’emporte sur la droite aux élections de 1996 (gouvernement Prodi, centre gauche).

 

Deuxième enterrement :

En 1998, D’Alema transforme le PDS en parti des Démocrates de Gauche, DS (Democratici di Sinistra) qui abandonne toute référence à l’ex-PCI et inclut organiquement un certain nombre d’autres formations de gauche et de centre gauche. De 1998 à 2000, en tant que responsable des DS, et au nom de la coalition de l’Ulivo, D’Alema sera Président du Conseil des Ministres.

Alors que Berlusconi est revenu au pouvoir avec Forza Italia (2001-2006) [3], Massimo d’Alema adhère au club de réflexion social-démocrate « À gauche, en Europe », créé en 2003 par Dominique Strauss-Kahn, Michel Rocard, Pierre Moscovici. Il est tout à fait intéressant, en cas de candidature DSK en 2012, de voir quelles orientations ce Club (cf. son site) entend donner à la social-démocratie française. Ce sont celles que D’Alema avait mises en pratique en Italie : réformisme plus que prudent, adoption des normes fondamentales du néo-libéralisme, européanisme sans états d’âme, suivisme fréquent de la politique étrangère américaine. Lors du retour au pouvoir de l’Ulivo (2006-2008), Massimo d’Alema sera ministre des affaires étrangères.

 

Troisième enterrement :

En 2007, les DS, qui n’ont pas dix ans d’existence, se fondent, avec diverses formations de la gauche et du centre, dans un nouveau parti : le Parti Démocrate, PD (Partito Democratico).

Cette décision n’est pas sans échos en France. C’est le moment où, chez les Socialistes français, pointe la tentation d’un nouveau et grand parti de la gauche réformiste, qui aurait uni les socialistes, les radicaux, une bonne part des écologistes, et des communistes en rupture de ban. On sait comment cette tentation fut abandonnée après les élections de 2007, qui donnèrent aux Socialistes le sentiment qu’ils pouvaient assurer une position hégémonique avec l’appui obligatoire de ces alliés potentiels.

D’autant qu’en Italie, après le bref retour de Prodi, le PD, (battu en 2008 par Berlusconi et Forza Italia), devait constater que la mutation et les nouveaux abandons idéologiques de 2007 n’avaient pas suffi pour lui assurer la victoire.

 

Quatrième enterrement, qui ne fait que confirmer les précédents :

Au Colloque de la Fondation Jean Jaurès, fort désormais d’une longue expérience social-démocrate, Massimo d’Alema a dressé, sans vraiment l’expliquer, un constat définitif de la défaite des sociaux-démocrates, qu’il s’agisse des néo-libéraux à la Blair ou des derniers tenants de l’État providence. « Le socialisme démocratique est un phénomène européen qui n'a pratiquement pas dépassé les frontières de l'Europe ». « Il est aussi l'expression politique d'un continent qui perd de son poids et de sa centralité. » L’ex-responsable de l’abandon du mot « communisme » propose donc maintenant d’abandonner le mot « socialisme », dont, selon lui, aucune force de transformation sociale ne se réclame en dehors de l’Europe. Et dans la foulée de l’expérience PD (gauche réformiste, démocrates du Centre, écologistes), il propose de « construire une nouvelle coalition progressiste mondiale capable de dépasser les frontières de l'Europe et celles de l'Internationale socialiste », coalition qui confronterait les expériences des Etats-Unis et des pays émergents, coalition au sein de laquelle s’affirmerait un projet européen spécifique, à même de « défendre les valeurs européennes contre la droite populiste ».

En attendant une éventuelle réalisation de ces perspectives généreuses peut-être, mais nébuleuses, beaucoup de ceux qui, s’apprêtent à voter, sans enthousiasme, pour l’opposition en Italie comme en France, continuent à s’interroger sur les véritables voies à suivre pour enrayer l’offensive néo-libérale. Les mutations inopérantes de la gauche italienne peuvent indiquer que les voies suivies par D’Alema et ses amis n’étaient pas les meilleures.

 

[1] Fondation Jean Jaurès, Colloque « Socialisme et capitalisme. Histoire, mutations, nouveaux défis », Paris, 14 et 15 janvier 2011.

[2] À la différence de la France, le Parti Socialiste Italien était beaucoup moins important que le Parti Communiste. D’abord allié des Communistes, puis de la Démocratie Chrétienne, il s’est dissout en 1994 après le scandale de « Mani pulite ».

[3] Berlusconi avait déjà été chef du gouvernement en 1994-1995. 

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