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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 00:04

10 ans se sont écoulés. Il est bon de jeter des regards en arrière pour mesurer le chemin accompli ou pas, et ses suites, pour soi et les autres, dans le parcours commun, solidaire ou séparé ou les deux à la fois. C'est pourquoi je reprends et republie ici ce texte de février 2004 et, en le relisant, je compare mentalement présent et passé, possibles à venir. Ceci afin de ne pas tomber ou en tout cas de résister le plus possible à l'emploi marchand du temps qui détermine une rapidité sans projet de fond, à l'image de la recherche du profit immédiat.

Pierre Assante, 29 mars 2014

 


JAURESPas d’issue sans une pédagogie et une pratique révolutionnaires du travail

 

Deux aliénations majeures polluent notre mode de pensée.

 

Nos efforts de dé-normalisation de la pensée (réformes, enseignement, révolutions de quelque activité humaine que ce soit) et de re-normalisation se heurtent à des obstacles à la fois simples et profonds.

 

Le premier est notre vue à court terme.

Le second et essentiel est la séparation artificielle millénaire du travail (1) contraint de l’activité humaine.

L’unité de ces deux éléments aliénants et qui constitue l’essence de l’aliénation, c’est la séparation subjective artificielle du langage parlé, écrit, en signes quels qu’ils soient, immédiats ou différés (enregistrés sous n’importe quelle forme), de l’activité humaine en général. Le travail est à la fois pensée et acte appliqué, langage et geste, et tout langage et tout geste quel que soit le lieu et le moment.

C’est une unité de l’ordre de l’espace-temps.

 

Le premier élément nous fait considérer étroitement l’activité humaine dans un schéma allant généralement de la révolution française, de la formation du capitalisme à nos jours alors que la dichotomie «travail-activité » remonte à la naissance de la société marchande. Une vision révolutionnaire unifiant toute la période de la société marchande commence à se former. Et même une vision unifiant l’humanité depuis sa formation, c'est-à-dire depuis qu’une espèce vivante « travaille ». Les religions qui ont des visions à long terme l’avaient pressenti, bien qu’ayant pris pour base la société marchande, la société de leur temps, donc la dichotomie « pensée-acte ». C’est sans doute la raison de fond des « protestantismes religieux », le christianisme étant un protestantisme majeur en affirmant l’autonomie au moins partielle, c'est-à-dire élitiste du libre arbitre sur la loi divine donc humaine. L’élargissement de ce libre arbitre à des couches de plus en plus larges, bien que dominantes de la société, jusqu’à la démocratie bourgeoise s’est toujours accompagnée, de façon intriquée, parce qu’essentielle de ce pressentiment de la nocivité de la dichotomie artificielle du travail humain.

 

La différence entre le début de la société marchande et aujourd’hui, c’est que jusqu’à présent la sortie de la société marchande n’était pas à déhiscence. L’action communiste ne pouvait s’envisager que dans un cadre d’alliances et d’alliances dans la société marchande. Il ne faut donc pas s’étonner que les partis communistes n’aient pas eu une action de changement de société dans cette période, bien que s’en réclamant.

 

Le deuxième élément, intriqué au premier est que l’action communiste visait l’activité salariée, et quasiment elle seule et contribuait donc à accompagner cette aliénation de la dichotomie de l’activité humaine

 

L’unité de l’action révolutionnaire ne consiste donc pas à établir de nouvelles symbolisations, mais au contraire à rétablir et élargir les symbolisations qui font l’essence du travail créatif, c'est-à-dire reconstituer l’activité humaine en tant que telle.

C’est la dichotomie de l’activité qui a permis la société marchande, la société marchande qui a développé les forces productives en libérant une partie de la société de la « misère sans pensée » à l’échelle de l’humanité entière. C’est cette même dichotomie qui bloque l’expansion de la  richesse humaine à l’humanité entière. La pensée à l’échelle de l’humanité entière était réservée à une élite au service des dominants, avec quelques « échappées » nécessaires aux dominants eux-mêmes. Ces échappées sont les éléments positifs du développement de la démocratie sur lesquelles s’appuyer. On peut les assimiler à ce que nous appelions généralement des « acquis sociaux » sans en mesurer les dimensions subjectives.

 

La question de la pédagogie de l’abolition de cette dichotomie passe donc par la pédagogie de la libération du travail non à l’extérieur du travail mais dans le travail.

Cette pédagogie  de la re-symbolarisation passe donc par la démonstration de la solidarité objective qui lie les humains à travers le travail et le produit collectif de ce travail, par les objets qu’ils côtoient en permanence autour d’eux.

 

La conscience et l’auto conscience de l’individu et de l’espèce, personnelle et générique, ne peuvent se faire que par ce contact conscient avec le et les objets de la production, de la production « matérielle », objective et « spirituelle », subjective.

La contrainte exercée par les tentatives de communisme sans cette conscience, donc cet état de la société n’ayant pas atteint déhiscence par la quantité et la qualité des objets d’échange était donc inévitable. Seule pouvait l’éviter la conscience de cet état de non déhiscence, et dont la conscience de la nécessité de réformes dans la cadre de la société marchande portant cette société vers cette déhiscence.

 

Ainsi, « réformistes » et « révolutionnaires » étaient les uns et les autres en situation d’impasse.

 

Mais cela n’a d’importance que pour la connaissance, ce qui n’est pas rien, la question étant d’user de la connaissance.

La connaissance (qui est aussi croyance) nous dirait à quel point des nostalgies "républicanistes" ou "keynésianistes" ou « participativistes » ou « spiritualistes » sont  loin de la démocratie qu’il faut, c'est-à-dire le contraire d’une démocratie qui s’appuie sur un équilibre des forces entre classes, équilibre devenu inopérant parce que  devenu irréalisable.

La « qualité actuelle » de la crise est de l’ordre de la sortie de société marchande et non de compromis entre classe, ce qui avait été auparavant le cas  et d’une façon toujours contrainte, y compris dans des périodes de forte avancée des rapports de force, comme à la libération de 1945.

 

Bien sûr, il peut encore et toujours y avoir et il y aura encore des réformes et équilibres précaires. Le temps humain est à l’échelle humaine générique et non de l’individu. Mais cela n’empêche que le possible de la construction du futur passe par cette nouvelle phase du développement humain.

 

Une pédagogie et une pratique révolutionnaire du travail, passe par l’usage du travail en tant qu’expérience individuelle, par un horizon individuel intriqué à l’horizon collectif. Aussi, la recherche sur le travail est-elle fondamentale doublement au sens premier.

 

« …Le courage,  c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe... ». Ainsi parlait Jean Jaurès dans un discours à la jeunesse en  1903. L’actualité de ce discours est devenue brûlante. Tachons de nous y chauffer.

 

Pierre Assante. Mardi 17 février 2004

 

(1) Voir travaux de Lucien Sève et Yves Schwartz

 

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