Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 06:00

L’art et le capital, l'éditorial de Claude Cabanes

17 Octobre 2012

 

«Qui a porté sa propre peau au marché ne peut s’attendre qu’à une chose: être tanné!»

L’impôt sur la fortune appliqué aux œuvres affecterait le mouvement lui-même de l’art.

Pendant que le capital marque des points.

 

WALTER JENJAMINC’est un tableau du peintre américain Edward Hopper: la scène représente un groupe de cinq personnages, installés sur des fauteuils de bois, muets, en pleine lumière, face au ciel au-dessus d’un désert, qui attendent… Nous attendons tous… Cette toile présentée au Grand Palais à Paris m’a bouleversé, mais je sais qu’il n’y aura jamais d’Hopper sur les murs de ma maison. Alors, on pourrait considérer que le débat autour des œuvres d’art et l’ISF (l’impôt sur la fortune) ne me concerne pas, ne nous concerne pas… On se tromperait lourdement. Parce qu’il vit sur le champ de bataille féroce dont le budget de la nation en préparation est l’enjeu…

On pourrait spontanément penser que l’inclusion des œuvres d’art dans le calcul de l’impôt sur la fortune est affaire de justice. En effet. Mais en s’efforçant de voir plus loin que le bout de son nez, on constate aussitôt que ce dispositif pourrait avoir des effets désastreux sur le mouvement de l’art lui-même et son marché dans notre pays. Depuis les premiers temps, les communistes français ont bataillé ferme pour l’alliance des forces du travail et des forces de la création. C’est au cœur de notre histoire: les artistes, les écrivains, les cinéastes, les musiciens et tant d’autres n’ont, presque jamais, figuré dans notre imaginaire, dans le camp des «ennemis de classe», comme on disait, et comme on dit… Le gouvernement a donc jugé, avec pertinence, contre certains de ses amis, que l’ISF ignorerait les œuvres d’art, comme c’est le cas depuis 1981. Par contre il serait bienvenu de distinguer les collectionneurs et les galeristes des spéculateurs, qui enferment dans la nuit des coffres-forts le travail de grands artistes, comme on stocke des lingots. Un dispositif particulier pourrait être rapidement élaboré…

Une bataille féroce autour du nouveau budget; cela s’appelle la lutte des classes. Elle fait rage chaque jour. Et on a le sentiment que l’équipe au pouvoir agite d’autant plus le chiffon rouge des «riches» qu’elle cède en douce le terrain devant le capital. Car il s’agit bien de cela: qui va payer? Le capital ou le peuple? On est par exemple extrêmement étonné d’apprendre que l’imposition des 75% au-delà de 1million d’euros de revenus ne va concerner que 1500 personnes… Les hyperfortunés ne seraient donc qu’une poignée? Allons donc! C’est que les plus malins – avec leurs armées d’experts – ont déjà pris leurs précautions: ils vont se payer en dividendes, qui échappent à ce système fiscal, dont la substance s’évapore au fil des semaines.

La générale en chef de l’offensive, madame Laurence Parisot, et ses bataillons du Medef, ne dort plus dans son lit: elle est sur le front jour et nuit. Hier attaque frontale, pour définir le fameux «choc de compétitivité» qu’elle appelle de ses vœux: il s’agit de libérer des dizaines de milliards des colonnes comptables des entreprises vers les budgets de la population française en général, et des salariés en particulier. On ne saurait être plus clair. Monsieur Ayrault, avec sa «trajectoire de compétitivité» (en somme la même chose, mais étalée dans le temps…), peut aller se rhabiller… Comme écrivait Karl Marx: «Qui a porté sa propre peau au marché ne peut s’attendre qu’à une chose: être tanné!»

 

Par Claude Cabanes, "L'HUMANITE", le 17 Octobre 2012


 

 

ET, Accéder, en cliquant sur le lien ci-dessous à :

29 TITRES sélectionnés de ce blog : Quelques essais, nouvelles, poèmes, articles de presse, de l'auteur de ce blob.... Cliquer sur leS titreS

 

Et :Tous les articles de ce blog en cliquant : ici

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de pierre.assante.over-blog.com
  • : Ce blog contient, sous la forme d'essais,de nouvelles, de poésies, une analyse des contradictions du mode de production, des devenirs possibles, en particulier en rapport avec l'activité humaine, le travail, l'ergologie
  • Contact

pierre.assante.over-blog.com

Recherche