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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 07:04

Cet article écrit en juin 2006 a été publié une première fois sur ce blog le 16/01/2011 


 

weil2La jeune fille

et la mort


Simone, mon Amie,

 

 « On libère en soi de l’énergie. Mais sans cesse elle s’attache de nouveau. Comment la libérer toute ? Il faut désirer que cela soit fait en nous. Le désirer vraiment. Simplement le désirer, non pas tenter de l’accomplir. Car toute tentative en ce sens est vaine et se paie cher. » disais-tu. Et tu choisissais finalement d’accomplir. Et tu l’as payé cher.

 

Tu l’as payé cher, malgré cette immense lucidité des aveugles et des enfants qui leur fait juger par le besoin de faire. « Ce qui est réel dans la perception et la distingue du rêve, ce n’est pas les sensations, c’est la nécessité enveloppée des sensations». Vouloir être utile et ne pas vouloir d’horizon. Vouloir être dans le mouvement et l’éternité du moment. Sans moment. Refuser l’engagement taureau aveugle et refuser l’indifférence animal égoïste : « D’autres efforts… sont toujours utiles…sont accompagnés de l’attention continuellement concentrée sur la distance entre ce qu’on est et ce qu’on aime »

 

« L’attention extrême est ce qui constitue dans l’homme la faculté créatrice ». Comme ta petite soeur Camille Claudel, et ta grande sœur Eloïse et toute tes sœurs inconnues à qui l’on a fait croire que ce n’était pas à elles de dire, tu partages avec elle cette attention que le silence offre. Alain oui, mais le silence en plus et la parole issue du silence, à distance de la reconnaissance.

 

« Le christianisme a voulu chercher une harmonie dans l’histoire. C’est le germe de Hegel et de Marx. La notion d’histoire comme continuité dirigée est chrétienne.

Il me semble qu’il y a peu d’idées plus complètement fausses. Chercher l’harmonie dans le devenir, dans ce qui est le contraire de l’éternité. Mauvaise union de contraires ». Même dans ton amour, à ton amour tu refuses l’autorité. Pour lui donner tout sans qu’il ne te prenne rien. Pour t’offrir dans l’acceptation absolue.  Pour que ton don sache ses limites et sache son infini: « Pourquoi la volonté de combattre un préjugé est-elle le signe certain qu’on en est imprégné »

 

« Le poète produit le beau par l’attention fixée sur le réel. ». L’objet tourné cent fois entre tes mains. Tu l’as vu avec tes yeux. Tu l’as vu avec les yeux des autres. C’est parce que tu a voulu voir la multitude des visions que tu as choisi la tienne, allant sans cesse du dehors au dedans de ta vision et du dedans au dehors de ton amour. De ta vision-amour. J’entends en pensant à toi ce quatuor de Frantz. Être capable de vivre avec les barbares, leur culture, sans rejeter la tienne dans ce qu’elle a de non dominant, de ce à laquelle elle a accédé de plus complexe, d’encore plus humain.

 

« Dans le domaine de l’intelligence, la vertu d’humilité n’est pas autre chose que le pouvoir d’attention ». Tu as appelé l’humilité Weil. Sachant que tout est aussi posture et que la posture devient nature et que nature est infiniment attaquée par elle-même. Et qu’il y a tant de mouvement dans l’immobilité : « Le rapport entre le corps et l’outil change dans l’apprentissage. Il faut changer le rapport entre le corps et le monde ».

 

« A travers chaque sensation, sentir l’univers ». C’est ça ton amour. Ta volonté a été de le sentir, qu’il te pénètre totalement, et qu’il te pénètre totalement. Cette fusion impossible c’est ton possible, ton choix. Un avenir dans le présent, TON présent, parce que tu refuses l’avenir en tant que refus vulgaire d’un présent mutilé d’avenir présent. Refuser d’accomplir pour accomplir. Ton cerveau et ton corps, l’un inséparable de l’autre, parce qu’ils ne sont pas l’un sans l’autre, parce qu’ils sont un tout inséparable, parce que les imaginer autrement que ce tout, c’est les imaginer en dehors de leur lente croissance, de leur lent mûrissement, de leur lent processus de transformation permanente en quelque chose d’autre. Comme l’espèce qui est sans cesse autre chose d’autre.

 

Ce que donne ta disparition c’est une présence infinie, une trace qui voudrait grandir et qui peut grandir. Qui est immense et désespérée. Minuscule et envahissante comme l’espoir, le désespoir, l’angoisse, la sérénité. Finalement le souffle, le respirer, l’espace devant soi et l’attention dans l’espace. « On libère en soi de l’énergie. Mais sans cesse elle s’attache de nouveau. Comment la libérer toute ? Il faut désirer que cela soit fait en nous. Le désirer vraiment. Simplement le désirer, non pas tenter de l’accomplir. Car toute tentative en ce sens est vaine et se paie cher. »… dis-tu……

 

Pierre Assante, juin 2006

 

 

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