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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 00:00

le capitalLA RECHERCHE DU TAUX DE PLUS VALUE et de PROFIT le PLUS HAUT étant le MOTEUR DE LA CRISE, ce petit rappel ne me paraît pas inutile dans les circonstances actuelles.

Vous trouverez par ailleurs sur ce blog des analyses de la suraccumulation-dévalorisation du capital, de la baisse tendancielle du taux de profit, des causes qui la contrecarrent, et l'effet de ces lois du capital dans l'informationnalisation mondialisée, les structures économiques et politiques, les institutions, L'ORGANISATION LOCALE  et  MONDIALE DU TRAVAIL....

 

Le Capital, Livre I, Chapitre XVIII : Formules diverses pour le taux de la plus-value


On a vu que le taux de la plus-value est représenté par les formules :

I. Plus-value / Capital variable (p/v) = Plus-value / Valeur de la force de travail = Surtravail / Travail nécessaire.

Les deux premières raisons expriment comme rapports de valeur ce que la troisième exprime comme un rapport des espaces de temps dans lesquels ces valeurs sont produites.

Ces formules, complémentaires l'une de l'autre, ne se trouvent qu'implicitement et inconsciemment dans l'économie politique classique, où les formules suivantes jouent au contraire un grand rôle :

II. (Surtravail / Journée de travail) = Plus‑value / Valeur du produit = Produit net / Produit total (1).

Une seule et même proportion est ici exprimée tour à tour sous la formule des quantités de travail, des valeurs dans lesquelles ces quantités se réalisent, et des produits dans lesquels cm valeurs existent. Il est sous‑entendu que par valeur du produit il faut comprendre le produit en valeur rendu par une journée de travail, et qu'il n'y est pas renfermé une parcelle de la valeur des moyens de production.

Dans toutes ces formules le degré réel de l'exploitation du travail ou le taux de la plus-value est faussement exprimé. Dans l'exemple employé plus haut, le degré réel d'exploitation serait indiqué par les proportions :

6 heures de surtravail / 6 heures de travail nécessaire = Plus‑value de 3 francs / Capital variable de 3 francs = 100 / 100.

D'après les formules II, nous obtenons au contraire :

6 heures de surtravail / Journée de 12 heures = Plus‑value de 3 francs / Produit en valeur de 6 francs = 50/100.

Ces formules dérivées n'expriment en fait que la proportion suivant laquelle la journée de travail, ou son produit en valeur, se distribue entre l'ouvrier et le capitaliste. Si on les traite comme des expressions immédiates de la mise en valeur du capital, on arrive à cette loi erronée : Le surtravail ou la plus-value ne peuvent jamais atteindre cent pour cent (2). Le surtravail n'étant qu'une partie aliquote de la journée, et la plus-value qu'une partie aliquote de la somme de valeur produite, le surtravail est nécessairement toujours plus petit que la journée de travail, ou la plus-value toujours moindre que la valeur produite. Si le surtravail était à la journée de travail comme cent est à cent, il absorberait la journée entière (il s'agit ici de la journée moyenne de l'année), et le travail nécessaire s'évanouirait. Mais si le travail nécessaire disparaît, le surtravail disparaît également, puisque celui‑ci n'est qu'une fonction de celui-là. La raison (Surtravail / Journée de travail) ou (Plus-value / Valeur produite) ne peut donc jamais atteindre la limite 100/100 et encore moins s'élever à (100 + x)/100.

Mais il en est autrement du taux de la plus-value ou du degré réel d'exploitation du travail. Qu'on prenne par exemple l'estimation de M. Léonce de Lavergne, d'après laquelle l'ouvrier agricole anglais n'obtient que un quart, tandis que le capitaliste (fermier) au contraire obtient trois quarts du produit ou de sa valeur (3), de quelque manière que le butin se partage ensuite entre le capitaliste et le propriétaire foncier, etc. Le surtravail de l'ouvrier anglais est dans ce cas à son travail nécessaire comme trois est à un, c'est‑à‑dire que le degré d'exploitation est de trois cents pour cent.

La méthode de l'école classique, qui est de traiter la journée de travail comme une grandeur constante, a trouvé un appui dans l'application des formules II, parce que là on compare toujours le surtravail avec une journée de travail donnée. Il en est de même quand on considère exclusivement la distribution de la valeur produite. Du moment que la journée de travail s'est déjà réalisée dans une valeur, ses limites ont nécessairement été données.

L'habitude d'exposer la plus-value et la valeur de la force de travail comme des fractions de la somme de valeur produite dissimule le fait principal, l'échange du capital variable contre la force de travail, fait qui implique que le produit échoit au non-producteur. Le rapport entre le capital et le travail revêt alors la fausse apparence d'un rapport d'association dans lequel l'ouvrier et l'entrepreneur se partagent le produit suivant la proportion des divers éléments qu'ils apportent (4).

Les formules II peuvent d'ailleurs être toujours ramenées aux formules I. Si nous avons par exemple la proportion (Surtravail de 6 heures / Journée de travail de 12 heures), alors le temps de travail néces­saire est égal à la journée de douze heures moins six heures de surtravail, et l'on obtient :

Surtravail de 6 heures / Travail nécessaire de 6 heures = 100/100.

Voici une troisième formule que nous avons déjà quelquefois anticipée :

III. Plus-value / Valeur de la force de travail = Surtravail / Travail nécessaire = Travail non payé / Travail payé

La formule (Travail non payé / Travail payé) n’est qu'une expression popu­laire de celle-ci : (Surtravail / Travail nécessaire).

Après nos développements antérieurs, elle ne peut plus donner lieu à cette erreur populaire que ce que le capitaliste paye est le travail et non la force de travail. Ayant acheté cette force pour un jour, une semaine, etc., le capitaliste obtient en échange le droit de l'exploiter pendant un jour, une semaine, etc. Le temps d'exploitation se divise en deux périodes. Pendant l'une, le fonctionnement de la force ne produit qu'un équivalent de son prix; pendant l'autre, il est gratuit et rapporte, par conséquent, au capitaliste une valeur pour laquelle il n'a donné aucun équivalent, qui ne lui coûte rien (5). En ce sens, le surtravail, dont il tire la plus-value, peut être nommé du travail non payé.

Le capital n'est donc pas seulement, comme dit Adam Smith, le pouvoir de disposer du travail d'autrui; mais il est essentiellement le pouvoir de disposer d'un travail non payé. Toute plus-value, qu'elle qu'en soit la forme particulière, ‑ profit, intérêt, rente, etc., ‑ est en substance la matérialisation d'un travail non payé. Tout le secret de la faculté prolifique du capital, est dans ce simple fait qu'il dispose d'une certaine somme de travail d'autrui qu'il ne paye pas.

 

Notes

 1 Nous mettons la première formule entre parenthèses parce que la notion du surtravail ne se trouve pas explicitement dans l'économie politique bourgeoise.

 2 V. par exemple : Dritter Briefan v. Kirchmann von Rodbertus. Widerlegung der Ricardo'schen Theorie von der Grundrente und Begrundung einer neuen Rententheorie. Berlin, 1851.

3 La partie du produit qui compense simplement le capital constant avancé est mise de côté dans ce calcul. M. Léonce de Lavergne, admirateur aveugle de l'Angleterre, donne ici un rapport plutôt trop bas que trop élevé.

 4 Toutes les formes développées du procès de production capitaliste étant des formes de la coopération, rien n'est naturellement plus facile que de faire abstraction de leur caractère antagoniste et de les transformer ainsi d'un coup de baguette en formes d'association libre, comme le fait le comte A. de Laborde dans son ouvrage intitulé : De l'esprit d'association dans tous les intérêts de la communauté. Paris, 1818. Le Yankee H. Carey exécute ce tour de force avec le même succès à propos même du système esclavagiste.

5 Quoique les physiocrates n'aient pas pénétré le secret de la plus-value, ils ont au moins reconnu qu'elle est « une richesse indépendante et disponible qu'il (son possesseur) n'a point achetée et qu'il vend. » (Turgot, l. c., p. 11.)

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