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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 06:55

Publié en mars 2008 sur ce lien PCF13 ici

IMG-copie-2.jpgUne maladie infantile de la société humaine, mais aussi une maladie sénile de la démocratie bourgeoise :

Contribution de Pierre Assante

Section du 8ème arr. de Marseille


24 mars 2008

Chausser des bottes de sept lieues
en se disant que rien ne presse
voilà ce que c’est qu’être vieux…

(Aragon)

Les capacités humaines donnent à la personne une vision partielle et parcellisée de la réalité qui l’entoure, réalité qui agit sur la personne et sur laquelle la personne doit agir pour vivre. De plus tout est fait dans les rapports de classe pour ne transmettre à la personne que la vision la plus partielle et parcellisée possible de la réalité, réservant une vision plus globale à la classe dominante afin qu’elle conserve ses moyens de domination.

Cependant ce mode de transmission, outre que les intérêts personnels de la classe dominante la pousse elle-même à sélectionner la vision de son point de vue de classe, entraîne, par cette réduction et parcellisation de la vision à ne plus savoir elle-même où elle va et où elle veut aller. En privant les autres de la transmission de l’accumulation des savoirs, la classe dominante en arrive à en priver la société entière et à s’en priver elle-même, et par là-même à perdre la notion de survie, d’instinct de vie. La classe dominante entraîne dans cette perte toute la société humaine et l’environnement naturel dont la société humaine fait partie.

L’enfance est la période de vie où les règles de vie permettant l’activité commune des humains sont transmises. Le propre de l’infantilisme en tant qu’adulte est le refus des règles de vie et leur rejet en tant que contrainte. La maturité consiste en la négation de la négation de ces règles, c’est-à-dire en un dépassement de la négation et un respect d’un mode de rapports sociaux qui fait la part des choses : ce en quoi les règles ont une utilité sociale, ce en quoi elles représentent une rigidité sociale, ce en quoi elles deviennent inadaptées à l’évolution de la société humaine. Lorsqu’elles deviennent en masse inadaptées à l’évolution de la société humaine, il faut considérer en quoi les superstructures(1) sont touchées par les contradictions du mode de production dont elles font partie.

Ainsi lorsque il y a contradiction absolue entre des règles de vie, ou une part de ces règles très historiquement déterminée, au-delà des constantes de longue durée de l’espèce, le dépassement de ces règles devient impossible sans une transformation profonde des structures et des superstructures, transformation en tant que processus et non en tant que destruction absolue. Il y a donc négation de masse des rapports sociaux et l’on peut dire que dans une société de démocratie restreinte, limitée, qu’est la démocratie du marché capitaliste, le refus des règles n’est pas seulement une maladie infantile de la société humaine, mais aussi une maladie sénile de la démocratie bourgeoise .

Que ce soit clair, il n’est pas question de répondre à la crise de la démocratie bourgeoise par un retour en arrière, en reculant les aiguilles de la montre, mais par un élargissement à toute la société de la démocratie, et donc à la disparition des classes sociales dans un processus de transformation sociale dans lequel la production, les techniques de production, la gestion et la distribution de la production sont inséparables et en osmose totale, c’est-à-dire que chaque « élément apparent » de la société est la même chose d’un tout(2).

Le terme de « démocratie avancée » recouvrait parfaitement le choix et l’initiative d’un processus social de type nouveau correspondant à une étape nouvelle d’adaptation-évolution à ce que l’humanité a crée de nouveau et ce en quoi ce qu’elle a crée de nouveau lui réclame une nouvelle organisation de sa vie en société : le communisme non en tant que projet ou aspiration mais en tant que nécessité. Les sentiments, comme les idées (le corps-soi-personne-société), le corps social, ne sont en rien séparés de la nécessité, et la nécessité n’est pas un événement et une voie unique(3). Le pluralisme et la diversité ne sont pas une addition des réalités.

Notre temps est si imbibé de la négation non dépassée, et cette négation non dépassée est elle-même si bien exploitée par la classe dominante pour maintenir les divisions dans la population et particulièrement dans le monde du travail, chez les salariés, que tous les repères semblent en mouvement excessif alors qu’ils n’ont jamais été autant non à l’arrêt mais en attente d’évolution. Une fois de plus l’aspect « immédiat » des choses voile la réalité profonde et la marche se fait de plus en plus à l’aveugle. Contradictoirement, les progrès des savoirs entrent en contradiction antagonique avec le savoir au point que la sagesse elle-même prend l’apparence de l’immobilisme et l’immobilisme ou le retour au passé celui de la sagesse : « n’avançons plus, on était si bien » ou « courons sans savoir où l’on va » sont la forme la plus agressive contre le « avançons en étudiant le chemin ». Perdre du temps ce peut être quelquefois en gagner. Mais ne faut-il pas moins employer le terme gagner et plus le terme vivre ? Les formules, il faut s’en méfier parce qu’elles sont souvent mises en relation avec une analyse partielle et partiale. Elles sont utiles comme repères relatifs, en mouvement, de concert avec le mouvement général de l’ensemble de la réalité perceptible.

Pierre Assante, 24 mars 2008

 

(1) Il est de bon ton aujourd’hui de réfuter les termes de superstructures et d’infrastructures. Chez Marx, ces termes n’induisent pas une dichotomie de l’activité humaine et dans l’introduction à la critique de l’économie politique, il fait bien la relation d’unité des activités avec la métaphore de la vie de la plante sur laquelle je ne reviens pas ici en détail (voir d’autres articles) et souligne les abstractions opérationnelles des représentations nécessaires à la vie humaine. Quoi qu’il en soit si d’autres termes illustrent mieux cette réalité, il n’y a pas de raison de ne pas en changer.

(2) il est assez cocasse d’ailleurs de voir et d’entendre ceux qui critiquent avec sectarisme les termes marxistes de « superstructures » et « d’infrastructures », lorsqu’ils attaquent la question de la crise ou par les institutions, ou par l’économie, ou par l’école ou par la justice, restreignant de plus en plus le champ d’attaque et d’action. Ils aggravent ainsi la dichotomie qu’ils critiquent chez Marx. Mais bien sûr, il y a aussi un travail spécifique à chaque champ d’action à condition qu’il y ait « pluridisciplinarité » et contact entre les actes des divers champs, tant dans le « champ général » des sciences que celui de l’action politique et celui de la gestion, et contact général entre les « ensembles de champs ».

(3) Voir article « Il n’y a pas de réalité universelle sans entités particulières. Ou l’unité contradictoire de l’aléatoire et de la logique du processus global, résultante de cette infinité aléatoire. P.A. »

 

Autres interventions de congrès : ici

http://alternativeforge.net/spip.php?auteur362

 

Publié en mars 2008 sur ce lien PCF13 : ici

http://www.bdr13.pcf.fr/Contribution-de-Pierre-Assante,6020.html?var_recherche=assante


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