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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 06:49

Sur « L'activité en Dialogues, entretiens sur l’activité humaine II » et le "Manifeste pour un ergo-engagement"

Sous la direction d’Yves Schwartz et Louis Durrive

avec Nathalie Clar ; Eliza Echternacht ; Stéphanie Mailliot ; Nicole Mencacci ; Muriel Prévot-Carpentier ; Bernadette Venner ; Mariana Verissimo, ainsi que Louis Durrive ; Xavier Roth et Yves Schwartz.

Octarès Editions, 24, rue Nazareth 31000 Toulouse, France Tel : 05 61 25 78 45 –

email : info@octares.com

 

l'activité en dialogues 0001I

Plus qu’un compte rendu, ceci est un commentaire personnel à partir des concepts développés dans cet ouvrage essentiel et attendu. Pour être très bref, je commence par la fin (comme « preuve, démonstration » de la suite) et je « concentre », ce qui risque de rendre cette parole difficile…...

 

Plus la dictature de la mesure de quantité de valeur marchande se rigidifie, et se dissout dans le même temps, envahit toutes les normes, comme un gaz qui se répand avec des effets bien tangibles et bien au-delà du « travail stricto sensu », plus la mesure quantitative des besoins d’échange, de besoin tout court devient fantôme *.

Devient fantôme mais hante bien les consciences, et les corps, le corps-soi, aussi en tant que besoin de transformation sociale, de besoin de vie tout court.

Les valeurs sans mesures, mesurables « dans une autre qualité », sont ainsi la présence de la mesure quantitative des besoins dans la mesure quantitative de la valeur (exemple : tant d’habitation pour tel lieu, tant de nourriture, tant d’heures de formation sur tel champ d’un ensemble, d’une entité dans ses frontières poreuses, tant de temps pour flâner -comme dit W.Benjamin, flâner dans le travail, l’activité, flâner avec « concentration ! »-, tant d’acquis proche et lointain hérité, transformé et développé dans l’activité nouvelle, le tout dans son unité, sans dichotomie esprit-corps, tangible-symbolique).

 

Cette mesure des besoins (allant jusqu’à la distribution directe aux populations, sans monnaie) c’est bien ce qui a marqué et marque tout moment, tous prémisses de transformation progressiste des régimes politiques, sans pour cela reconstituer un quelconque « communisme primitif », mais au contraire en s’appuyant sur le progrès des moyens humains et « matériels » de production.

 

Ainsi le politique le plus réduit soit-il, devient et reste le lieu d’expression des valeurs sans mesure, le servant et le dé-servant en même temps jusqu’à ce que la vie exprime par elle-même, c'est-à-dire aussi par la volonté humaine, et les prémisses d’une société qualitativement nouvelle et sa construction complexe.

Le politique, c'est-à-dire, l’expression consciente d’un processus inconscient, dont l’ergo-engagement est une pointe avancée.

 

La négation A-M-A’ (circulation élargie Argent-Marchandise-Argent’) n’est pas réductible à un retour à l’échange marchand primitif, mais fait appel aux résidus de la cité primitive et de l’artisanat, les développant dans la forme achevée d’un mode de production non marchand (manifeste sur l’ergo engagement), communiste. C’est pourtant ce type de contestation (négation simple de A-M-A’), reflet aller-retour de la production « réelle », qui domine la phase actuelle, et par conséquent aussi dans le débat politique, syndical et même ergologique,  et la « reconstruction de la gauche » passe par la négation de cette négation de même que l’ergo-engagement est lié et dépend à double sens de l’évolution politique dans ses moindres détails.

 

« L'activité en Dialogues, entretiens sur l’activité humaine II » et le "Manifeste pour un ergo-engagement, d’Yves Schwartz" sont une « plongée » qui me passionne autant pour son utilité que comme un  magnifique voyage où s’avancer lentement et avec prudence pour reconnaître le terrain à chaque pas, et s’enfoncer avec détermination le plus avant possible de ce « retour à la conscience d’acte collectif » qu’ils constituent.

 

 

II

Trois réflexions pour avancer. Et une quatrième en forme de plainte.

Réflexions sur le travail et les recherches ergologiques

 

8juin10 0101 Dissymétrie

 

Depuis l’intuition fulgurante de Pasteur, qui la voit dans son expérimentation sur le vivant et la cristallographie, nous savons que la dissymétrie est le fondement de la vie. Nous pouvons ajouter par extension de la généralisation de généralisation (concept de Vygotski) que la dissymétrie est l’essence du mouvement. Héraclite, Hegel,  Marx, Engels, Gramsci, H.Lefebvre, E.Bloch, W.Benjamin… et tant d’autres dans cette « classification » (etc.) l’ont les uns entre-aperçu, les autres, exposé. Lucien Sève a rapproché cette notion de dissymétrie de la notion de contradiction.

L’on sait depuis, mais c’est un savoir qui reste exposé de façon structuraliste dans la biologie ou la linguistique, que le mouvement qui tend à rapprocher la dissymétrie de la symétrie, c'est-à-dire de l’équilibre, aboutit à des mouvements plus fins, plus « ténus », et en multiple le nombre, renouvellement-reproduction-élargie de la dissymétrie. En génétique par exemple, plus les « mélanges ethniques » sont rapides et nombreux, plus la diversité génétique s’accroît, plus l’uniformisation apparente s’accompagne de diversification profonde. Il en est de même pour les langues.

En économie, le dépassement de la  suraccumulation, du mode de production,  entraînerait la diversification et la multiplication du mouvement d’échange-production (voir le schéma du manifeste de 2005 dans « La Somme et le Reste de Janvier 2006 **), et en prémisses commence à le faire dans un accouchement douloureux et dangereux.

 

Copie de 8juin10 0012 Techniques

 

La rapidité des échanges, le renouvellement-reproduction-élargie de la dissymétrie est bien sûr indissoluble des techniques qui le rendent possible, en rapport dialectique entre technique et mode de production.

Je n’entre pas dans les détails de ce mouvement, mais par exemple les capacités de transport « matériels » et « virtuels », rapidité et quantité de mouvements,  mis en relation avec le contact et la diversification, sont des plus visibles. Ce savoir intuitif, spéculatif, empirique, demande mesures et appareils de mesure, mais semble pourtant évident.

Cette accélération n’est pas liée qu’aux techniques de « transport », mais à toutes les techniques et à leur synergie entre elle et dans l’espace tripolaire et ses dissymétries.

 

Copie de P10002803 Compétences et ingrédients

 

Les compétences et les ingrédients de compétences, vues non comme un sujet réifié, chosifié, sont des mouvements dans le mouvement, des objets extraits, abstrait d’une réalité de l’activité pour l’observer et la comprendre. Le dissymétrique de l’ingrédient, c’est la contradiction nécessaire au mouvement, son opposition négative qui est le mal dans la religion ou la morale de classe dominante et leur vision chosifiée positive ou négative.

Dans la description actuelle des effets du capitalisme, il y a ces « constatations » qui sont incapable de voir en quoi un ingrédient « négatif » est un ingrédient à dépasser pour construire une nouvelle dissymétrie qui assure la vie humaine par la perpétuation de son mouvement

Une excellente démonstration faite par un théologien du V° siècle, peu avant la chute l’Empire Romain, (Saint) Salvien de Marseille, détaille les ingrédients négatifs de l’activité humaine de son temps qui mettent en contradiction les prélèvements sur le travail et ses conséquences sur le travail, et par lien, sur la société et son blocage (livre V de « De Gubernatione Dei »). Ce fut aussi le travail d’un Bourdieu. Lorsqu’on lit l’exposé de ces contradictions chez Salvien, on ne peut s’empêcher de voir la progression de l’exposé d’Yves Schwartz (« L’activité en Dialogues I et II », « Le paradigme ergologique ») sur les ingrédients et la plongée de plus en plus en profondeur de l’analyse de la réalité que cela entraîne avec une diversification de vue à chaque entrée en profondeur de chaque élément de compétence. Il y a une différence dans l’essence de l’exposé Schwartzien : c’est une vision non seulement pour décrire mais pour transformer, un savoir concret, dissymétrique et contradiction de l’exposé spéculatif « pur ».

 

JAN10 0104 Savoir

 

Savoir est douleur et solitude. Inquiétude pour soi et les autres (concept d’Ernst Bloch « Experimentum mundi », ou d’Henri Lefebvre, « Métaphilosophie »). Souffrance qu’on abandonnerait bien au profit d’un abandon de soi pour les autres. Simone Weil, Walter Benjamin l’on expérimenté pour eux. Tant d’autres aussi moins dramatiquement, heureusement. Le résultat n’est qu’interrogation. Beau résultat quand même pour les autres qui dévoile le futur, resitue les horizons personnels dans un horizon universel, qui affirme l’humanité (aux deux sens du mot) comme conscience en mouvement de la nature sur elle-même.

La dissymétrie du capitalisme c’est d’une part la mesure quantitative de la valeur d’échange et la mesure quantitative « fantôme » des besoins particulier et globaux (l’un dans l’autre) de l’individu dans l’espèce et la société. Le dépassement, c’est une mesure qualitativement nouvelle des échanges, qui induit une mesure quantitative qualitativement nouvelle, entéléchie sociale en mouvement dont le communisme développé n’est qu’un équilibre-déséquilibre nouveau.

 

Pierre Assante, 01.04.09

 

* L'essai sur "La métamorphose du travail 4" sur un site italien

http://www.emigrazione-notizie.org:80/downloads.asp?id=198

http://www.emigrazione-notizie.org/download.asp?dl=198

** Revue lefebvrienne « La Somme et le Reste ».

http://www.espaces-marx.eu.org/IMG/pdf/S_R-6.pdf

 

 

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