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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 07:17

 

JAN10-009.jpgFAUX DEPART

(Mini piécette en 1 acte,

20 juillet 2001)

 

Pierre Assante

 

 

Personnages :

A l’ami

B l’auteur qui ne peut écrire

C Le chœur, à défaut, le coryphée     

 

 

 

A Par quoi commencerais-tu ?

 

B Par cette puissante envie de vivre qui anime la plupart des individus et qui est héritée de la longue histoire de l’espèce, de l’animal à l’homme.

 

A       Mais ce n’est pas un sujet de théâtre !

 

B       Non. C’est un début. On ne traite aucun sujet si l’on n’y met pas cela en fond.

 

A       Mais la forme et le fond sont liés. Et la mise en scène ?

 

B       Je les lie, mais je vais directement à l’exposé. L’histoire viendra de là. Par exemple, si mon personnage veut se suicider, c’est parce qu’il y a antagonisme entre son envie de vivre et les conditions dans laquelle il est venu sur terre ou celles dans laquelle il a évolué. Donc, je commence par le fond : l’héritage biologique. De toute façon, je ne saurai faire autre chose.

 

A       Tu n’auras pas de public.

 

B       Sans doute. Enfin, peut-être. Je fais ce qui me sort des tripes, c’est mon envie de vivre. Crois-tu qu’il n’y ait pas de spectateur  pour un tel langage direct ? Ce serait, disons, du méta-théâtre.

 

A       Le méta-théâtre, on s’en fout, il nous faut une progression, un intérêt qui va croissant, qui nous tienne en haleine, qui nous fait comprendre le déroulement de la pensée, qui nous donne une fin qui nous fasse revoir tout l'ensemble, en fait, il nous faut une cohérence basée sur la théâtralité, logique, à contre sens, esthétique, philosophique, mobile ou statique, peu importe, mais une cohérence.

 

B       Après, j’en viendrais aux problèmes sociaux, comment à partir de l’héritage biologique et culturel dans la société marchande, on peut renverser, remettre sur les pieds la recherche de l’intérêt individuel pour qu’il ne soit pas, en dernier ressort, suicidaire pour le plaisir de vivre, suicidaire au sens premier pour l’humanité. Changer la base de l’échange pour que l’intérêt individuel, même provisoirement contradictoire avec l’intérêt commun ne soit plus antagonique.

 

A       Encore une fois, on s’en fout. Pour çà, il y a les essais, le journalisme, les débats et les conférences.

 

B       Après, j’exposerai toutes les actions concrètes, les gestions de fait, encore en gestation, cachées, mais qui germent sous le fumier qui montrent que cette utopie n’est pas un projet à la  Cyrano de Bergerac.

Je leur parlerai de la flèche du temps de Prigogine, des structures dissipatives, des bifurcations. Je leur parlerai des résidus de Lefebvre, des héritages apparemment morts mais qui se transforment et réapparaissent avec vigueur. Je leur parlerai de la commune, je leur parlerai de l’autonomie relative des idées, des objets, du vivant,  des structures et superstructures, des conditions matérielles qui les ont engendrées, des contradictions internes qu’elles contenaient dès la naissance, de leur évolution, de leur mort et des nouvelles naissances.

 

C       Tu ne vis que dans l’avenir, ton présent et ton passé se confondent, enchaîné sur ton rocher, tu as mérité la vengeance des dieux. Mais ta montagne est une colline. On ne sait quelles fleurs y éclosent, ton univers semble minéral, on ne sent pas un vrai sang couler, l’énormité de ta passion t’écrase, tu ne peux plus te mouvoir sous son poids.

 

A       C’est quoi ton rocher ?

 

B       Marseille.

 

A       C’est quoi ce soit disant aigle qui te ronge ? A Marseille, il y a les Marseillais, il y a ceux que tu connais, ceux que tu croises, la présence de ceux avec qui tu vis ou tu as vécu et qui sont dans ta tête, à Marseille ou ailleurs. Ton aigle est un aigle de pacotille, ridicule, il n’existe même pas.

 

Moi je te donne un sujet concret :

Le voyageur descend Gare de Lyon, il arrive de Marseille. Dans sa ville il vivait avec les poètes. Il écrivait lui aussi. Il passait des soirées entre amis. Sa sensibilité débordait. Quelquefois il disparaissait dans la nuit vers les calanques et revenant au matin tout couvert de rosée que le vent du matin venait sécher à son front. Ses mots n’étaient pas ceux des autres parce que son action poétique n’était pas du Verlaine.

Il est mort à Paris sans argent, sans femme et sans logement.

Ensuite, tu n’as plus qu’à développer ! :

dialogues avec les amis, monologues et rêves à Paris, ses marches, etc.

En fait, tu veux être à la mode : Marseille, les discours théoriques, intello, tu es un misanthrope de boulevard. Non, fais tout haut l’orgueilleux et l’amer, mais, tout bas, dis-moi tout simplement qu’elle ne t’aime pas.

 

B       Non, elle ne m’aime pas, mais pas seulement elle. Je sors de ma porte et déjà, ils sont là, hostiles, pas même indifférents. Mon journal, ma télé me disent que ce que j’attends du monde n’est pas à ma fenêtre. J’étouffe d’aimer et rien ne répond.

 

A       Et si tu te contentais de l’amour tel qu’il est.

 

B       Je le fais quelquefois, mais la crise a chassé 13 millions de personnes de leur emploi, en Indonésie, les salaires réels y ont chuté de 40 à 60% et la banque mondiale dit que dans ce pays,

1,5 millions d’enfants auraient quitté l’école. La participation des pays pauvres au commerce mondial, déjà dérisoire, s’effondrait de 9% des importations en 1980 à 1,4% en 1990 et à 1% en 1998. Le cinquième le plus riche de la planète absorbe 82% des exportations contre 1% pour le cinquième le plus pauvre.

L’amour est-il vraiment heureux quand ce que tu aimes souffre tant. Et toi-même, ton cinquième le plus pauvre, celui du cœur et du cerveau ne souffre-t-il pas des 1% de créativité et de plaisir qu’on te laisse comme miette de ton aliénation ?

 

A       Ce sujet est porteur, mais encore une fois : la mise en scène ? Même Maïakovsky y mettait du spectacle, et pourtant, as-tu vu souvent jouer la Punaise ou les Bains ?

 

C       Celui qui ne lutte pas est malheureux, celui qui est malheureux aime mal, celui qui aime mal, n’aime pas, ne peut plus aimer. La vie n’est qu’un sommeil, l’amour en est le rêve. Donnez-lui un paysage, il peindra les arbres, donnez-lui un corps, il peindra un sourire, donnez-lui un silence, il jouera du violon.

S’il lutte en écrivant, il retrouvera l’amour.

 

A       Bien ! Prenons un autre exemple :

Sous l’ancien régime (on dit cela de la monarchie), éclairer les esprits était une lutte. Les Lumières étaient ce qu’elles étaient, mais, quel sujet de bonheur pour ses acteurs. La promenade innocente de Jacques le Fataliste n’a-t-elle pas ce goût d’amour qui n’est pas dans ton discours. Car tu ne parles pas, tu discours, tu ne penses pas, tu enseignes. Pourtant, je te connais, tu pourrais parler, tu pourrais penser, à condition de t’ouvrir aux autres. Tout en toi dit : je ne peux pas ! Et aussi : je voudrais tant.

 

C       Tu ne peux chanter que ce sang enflant ton corps. La plus belle des fleurs tomberait, flétrie par les mots si la morsure de son arôme ne lacerait nos poitrines, nos côtes tendues par l’air brûlant.

Il faut, des heures et des heures, tourner désespérément l’angoisse dans ses mains, pour que naisse peu à peu le sanglot et le calme.

L’ironie sur ses lèvres était un cristal trop dur pour ton chant. Pour toi, tu aurais préféré que vienne la peur et l’angoisse, la trahison ou la mort plutôt que ne s’efface son sourire. Tu as oublié aussi un autre amour : la lenga de ta grand, la langue de ta grand-mère.

 

B       L’ai pas oblidada e es per aquò que sabi pas me batre. Siáu neissut d’un monde mòrt, qu’es a esperar dins sa nuech per respelir. L’an abituat a pas bolegar, a pas esperar. Mai l’esper se pòt pas tuar e regrelha. Resta solament dins son canton, que lo moment es pas de se far aclapar mai puslèu de s’escondre. fins que lei nafraduras garrisson.

 

A       Vois-tu, une fois de plus, on ne peut te comprendre.

 

B       Tu croiras que c’est moi, ton ami. Mais ce sera un autre j’aurai fait de mes 40 000 jours mon éternité et à chaque instant les courants de mon cerveau façonnent un autre nouveau moi. Mais il reste des choses de mon passé, autonomes et transformées.

 

A       Tu parles de toi comme si tu étais un computer.

 

B       C’est là ta contradiction. Tu t’effrayes de mon pessimisme.

Le computer ne meurt pas et ne naît pas. L’humain s’auto-crée. Tant naturellement que culturellement.

Il se crée pour créer. Dans l’humain, il y a du biologique, il y a du renouvellement, de la mutation, de la maturation.

La dégénérescence est la contrepartie de la maturation. Cette progression de l’enfant à l’homme mûr, c’est ça l’amour. Tous ces efforts pour arriver à la pleine possession de ses capacités, ce sont la source de toutes les émotions humaines, et des émotions aux sentiments humains. Cette humanité est un grand corps qui sort de l’enfance, et qui, sauf maladie mortelle juvénile, va vers la maturation puis vieillira et mourra, ainsi que l’univers. Mais de la mort sort à nouveau la vie, sort à nouveau la vie, sort à nouveau la vie

(il sort un pétard et se flingue)

 

C       C’était un subalterne dans une nation privilégiée. Il disposait d’un surproduit social pour pouvoir penser par lui-même. En avoir le temps, les moyens. Historiquement, c’était nouveau. Nouveau et anti-dominant. Comme une rupture qualitative dans la diversité biologique. Il était au cœur de la réflexion marxiste sur la mort des arbres.

 

A       (qui sort) Que manquait-il aux atomistes antiques pour avoir été supplanté par les Eléates ? Qu’a eu le christianisme pour dominer la pensée humaine sur tant d’espace et de temps ? Il a pris la loi majoritaire de la classe dominante minoritaire et l’a adoucie, il a protesté mais n’a pas contesté. Puis sa protestation est devenue institutionnelle. Il a fait des retours vers l’adoucissement et des retours vers la barbarie. Le nazisme, ça existe, et dans tout.

 

Y a-t-il  une bifurcation qui sorte de la société marchande, y a-t-il une bifurcation qui s’éloigne de l’autodestruction par la puissance technique non contrôlée, y a-t-il une bifurcation vers une démocratie issue de conditions matérielle de vie qui rendent consciemment nécessaire l’adéquation des besoins de tous avec les besoins de chacun,  y a-t-il une bifurcation qui me fasse voir communiquer par e.mail 7 syndicalistes, 100 S.D.F, 3 politiques, 1000 enfants abandonnés des pays pauvres qui se meurent, 9 savants,  500 épouses, 13 balayeurs de gare, 10 amis suicidés…….

 

B       (se lève et avance les bras tendus, les yeux fermés vers les spectateurs). Commençons par un.

 

(noir et voix off) :

 

Sauveur ? Ah non ! Ne recommençons pas !

  

FIN

 

La Madrague, le 20 juillet 2001

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 06:18

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 00:25

INCOHERENCE CONSTRUCTIVETRAGEDIE en un ridicule petit tableau de

théâtre

  Conversation entre Pierre et Paul

InCOhérence consTRUCtive

 

Paul : Mais aujourd’hui, pas toujours, mais surtout, il s’agit d’un impérialisme dominant et d’un impérialisme dominé; d’un impérialisme dominé surgi de ruines de constructions elles-mêmes issues de ruines. Mais les ruines sont aussi vie et témoignage de vie. Faut-il soutenir l’impérialisme dominé afin que l’impérialisme dominant ne s’établisse pas sans partage;  sans partage avec ses crimes voilés, issus de la misère qu’il étend, et ses crimes sans voiles contre lesquels l’impuissance se débat.

 

 Pierre : Soutenir l’impérialisme dominé n’est-il pas insoutenable ?

 

Paul : Crois-tu qu’il n’y ait aucune ressource de développement d’issues à la barbarie dans les impérialismes dominant comme dans les impérialismes dominés, dans des lieux et des temps ?

 

Pierre : Mais là tout de suite, observer l’inobservable n’est-ce pas une neutralité hypocrite et coupable ?

 

Paul : Sans doute, mais quelle différence entre cette neutralité coupable et cette impuissance ?

 

Pierre : N’y a-t-il pas cette différence qui constitue à agir sur les effets pour dépasser les causes ? Là où les espaces existent pour le faire ?

 

Paul : Simone Weil a pratiqué quelquefois une relative neutralité par refus de l’insupportable, par refus d’être mêlée à une barbarie et puis est allée finalement en Espagne pour soutenir les républicains contre le franquisme. C’était une autre situation qu’aujourd’hui. Mais il y avait chez elle des refus des barbaries où qu’elles se manifestent qui s’opposaient l’un l’autre, dans, avec et contre cette autre nécessité de s’engager malgré les barbaries mutuelles.

 

Pierre : Sans doute il ne faut pas mettre sur le même plan impérialisme dominant et impérialisme dominé, pas plus que la barbarie dominée qui répond à la barbarie dominante et dans le sens de l’histoire tente de créer les conditions pour abolir la barbarie ?

 

Paul : Mais le terme « barbarie » n’est-il pas trompeur lorsque l’acte est commis en toute conscience et non par et dans le poids d’un développement passé qui s’exerce en inconscience ?

 

Pierre : Il y a quand même de l’humanité solidaire partout, des générosités limitées par et dans des lieux, des moments, y compris dans des institutions car il n’y a pas de frontières étanches dans les entités humaines pas plus que dans tout mouvement « naturel », de la nature dont nous faisons partie unie. N’est-ce pas seulement le lieu qui est important, bien qu’il le soit, mais ce qu’on y fait qui est essentiel ?

 

Paul : Mais cela n’est que paroles, il faut faire des choix ou mourir d’abandon de ou à la barbarie et de douleur comme Simone en Angleterre, engagée mais en réalité impuissante dans sa dérisoire enveloppe d’humanité généreuse.

 

Pierre : Mais pourquoi devrait-on soutenir des choix imposés par un impérialisme quel qu’il soit ou ses conséquences indirectes, ou simplement par une voie sans issue quand il y a des voies qui en ont, même si elles semblent reposer et repousser dans le temps les ripostes nécessaires alors qu’elles construisent vraiment le soutenable dans l’insoutenable et préparent l’avenir en le voyant ? "Quoi ce serait toujours par atroce marché un partage incessant que se font de la terre....?" *

   

Paul : Sais-tu ou non les moyens techniques, institutionnels, militaires, idéologiques dont l’impérialisme dominant dispose pour installer sans partage sur la planète les inégalités mortifères, les meurtres par abandon du corps des « pauvres » à l’impossibilité de survivre, l’abandon des communautés à l’impossibilité de solidarité, l’intégration-dissolution des solidarités dans la domination-division-dispersion des relations humaines et donc dans l’impossibilité de la poursuite du processus de l’espèce humaine ?

 

Pierre : Je le sais mais est-ce que je le mesure vraiment ? Je sais le rôle et les lois du profit et du capital. Mais j’ai cette intuition ou cette illusion que la faiblesse est la force du mouvement humain, de son processus en santé, et de celui et ceux qui l’animent avec leurs propres négativités mêlées et combattantes internes d’elles-mêmes. Certainement cela passe par des choix et pas par des neutralités sous une couverture rassurante qui n’isole de rien.

 

Paul : Un choix est aussi un sentiment, mais pas que çà. Il est aussi un choix des armes, qui peuvent être des armes pacifiques, à condition de comprendre en quoi le processus humain consiste, les points sur lesquels agir pour mouvoir un ensemble dont la fonction première est de créer les ressources de subsistance quotidiennes et à long terme de  l’humanité, et de l’humain dans ses bases et son devenir. Dans ce qui fait de lui un processus de conscience de la nature sur elle-même, qui devient en soi le besoin premier s’appuyant sur les besoins initiaux de subsistance.

 

Pierre : C’est pour cela que Paul, pas toi, l’autre, parle de force de la faiblesse.

 

Paul : Mais il abandonne aussi souvent les inégalités, les souffrances aux conditions de leur temps.

 

Pierre : Nous ne sommes pas obligés de faire de même. Parce que le « temps court » dans le temps long auquel il croyait n’était pas si court que cela et que le « temps long » auquel nous croyons, et qui paradoxalement nous pousse à ne voir qu’un pas sans horizon sur un chemin contraint, n’est pas si long que ça. Et le contraire ?....

 

Paul : Paroles, paroles, naïveté coupable. Tu n’es qu’un enfant grandi qui prend tes désirs pour des réalités.

 

Pierre : Nous sommes faits d’enfants grandis, d’adultes immatures qui peuvent aussi être des ingénieurs de la sociologie et des artistes sentimentaux de la science dure. Parce nous sommes une espèce pensante constituée d’individus placés dans des situations individuelles et dans une situation d’imbrication générale. Des naïvetés ont nourri des efficacités et vice versa. « Ne pas se croire auteur de ses propres œuvres » et « Je est un autre » disait Rimbaud.

 

Paul : Mais tu ne peux pas te dissoudre dans une mixture générale, tu dois te déterminer dans ton moment, ton lieu personnelS, sinon si tu n’es pas un « toi », tu ne peux être personne.

 

Pierre : Oui, et c’est bien notre contradiction, celle justement qui nous met en mouvement et sans laquelle il n’y a aucune personne humaine. «…Mais, deuxièmement, l'histoire se fait de telle façon que le résultat final se dégage toujours des conflits d'un grand nombre de volontés individuelles, dont chacune à son tour est faite telle qu'elle est par une foule de conditions particulières d'existence…. » disait Engels. 

 

Paul : Mais aussi « …Mais de ce que les diverses volontés – dont chacune veut ce à quoi la poussent sa constitution physique et les circonstances extérieures, économiques en dernière instance (ou ses propres circonstances personnelles ou les circonstances sociales générales) – n'arrivent pas à ce qu'elles veulent, mais se fondent en une moyenne générale, en une résultante commune, on n'a pas le droit de conclure qu'elles sont égales à zéro… ».

 

Pierre : Je crois que modifier les conditions de l’échange pour le rendre vivable et généreux par conséquent, est essentiel, sinon nous ne pouvons soutenir que des jacqueries et des causes atroces et perdues d’avance, nous y dissoudre en nous éloignant de la construction de l’échange vivable. Je tai apporté ce livre de Denis Durand sur l’utilisation du crédit ici et dans le monde pour aller vers un autre type d’échange du travail qui à terme l’abolisse en tant qu’activité contrainte et dominée. A creuser…. ! Mais n'y a-t-il pas aussi à creuser cette histoire de "courant chaud" et "courant froid" du marxisme dont parle Ernst Bloch ?

 

Pierre Assante, 5 février 2012

       

*….Quoi toujours ce serait par atroce marché

Un partage incessant que se font de la terre

Entre eux ces assassins que craignent les panthères

Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

 

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange

Un jour de palme un jour de feuillages au front

Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront

Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche….

 

Poème de Louis ARAGONINCOHERENCE CONSTRUCTIVE

Mis en musique par Jean FERRAT

 

 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 22:28

Travail....

FAUX DEPART

 (piécette en 1 acte)

 

Personnages

 

A l’ami

 

B l’auteur qui ne peut écrire

 

C Le chœur, à défaut, le coryphée

 

D Une voix off

 

************************************

 

A             Par quoi commencerais-tu ?

 

B             Par cette puissante envie de vivre qui anime la plupart des individus et qui est héritée de la longue histoire de l’espèce, de l’animal à l’homme.

 

A             Mais ce n’est pas un sujet de théâtre !

 

B             Non. C’est un début. On ne traite aucun sujet si l’on y met pas cela en fond.

 

A             Mais la forme et le fond sont liés. Et la mise en scène ?

 

B             Je les lie, mais je vais directement à l’exposé. L’histoire viendra de là. Par exemple, si mon personnage veut se suicider, c’est parce qu’il y a antagonisme entre son envie de vivre et les conditions dans laquelle il est venu sur terre ou celles dans laquelle il a évolué. Donc, je commence par le fond : l’héritage biologique. De toute façon, je ne saurai faire autre chose.

 

A             Tu n’auras pas de public.

 

B             Sans doute. Enfin, peut-être. Je fais ce qui me sort des tripes, c’est mon envie de vivre. Crois-tu qu’il n’y ait pas de spectateur  pour un tel langage direct ? Ce serait, disons, du méta-théâtre.

 

A             Le méta-théâtre, on s’en fout, il nous faut une progression, un intérêt qui va croissant, qui nous tienne en haleine, qui nous fait comprendre le déroulement de la pensée, qui nous donne une fin qui nous fasse revoir tout l'ensemble, en fait, il nous faut une cohérence basée sur la théâtralité, logique, à contre sens, esthétique, philosophique, mobile ou statique, peu importe, mais une cohérence.

 

B             Après, j’en viendrais aux problèmes sociaux, comment à partir de l’héritage biologique et culturel dans la société marchande, on peut renverser, remettre sur les pieds la recherche de l’intérêt individuel pour qu’il ne soit pas, en dernier ressort, suicidaire pour le plaisir de vivre, suicidaire au sens premier pour l’humanité. Changer la base de l’échange pour que l’intérêt individuel, même provisoirement contradictoire avec l’intérêt commun ne soit plus antagonique.

 

A             Encore une fois, on s’en fout. Pour çà, il y a les essais, le journalisme, les débats et les conférences.

 

B             Après, j’exposerai toutes les actions concrètes, les gestions de fait, encore en gestation, cachées, mais qui germent sous le fumier qui montrent que cette utopie n’est pas un projet à la  Cyrano de Bergerac.

Je leur parlerai de la flèche du temps de Prigogine, des structures dissipatives, des bifurcations. Je leur parlerai des résidus de Lefebvre, des héritages apparemment morts mais qui se transforment et réapparaissent avec vigueur. Je leur parlerai de la commune, je leur parlerai de l’autonomie relative des idées, des objets, du vivant,  des structures et superstructures, des conditions matérielles qui les ont engendrées, des contradictions internes qu’elles contenaient dès la naissance, de leur évolution, de leur mort et des nouvelles naissances.

 

C             Tu ne vis que dans l’avenir, ton présent et ton passé se confondent, enchaîné sur ton rocher, tu as mérité la vengeance des dieux. Mais ta montagne est une colline. On ne sait quelles fleurs y éclosent, ton univers semble minéral, on ne sent pas un vrai sang couler, l’énormité de ta passion t’écrase, tu ne peux plus te mouvoir sous son poids.

 

A             C’est quoi ton rocher ?

 

B             Marseille.

 

A             C’est quoi ce soit disant aigle qui te ronge ? A Marseille, il y a les Marseillais, il y a ceux que tu connais, ceux que tu croises, la présence de ceux avec qui tu vis ou tu as vécu et qui sont dans ta tête, à Marseille ou ailleurs. Ton aigle est un aigle de pacotille, ridicule, il n’existe même pas.

 

Moi je te donne un sujet concret :

Le voyageur descend Gare de Lyon, il arrive de Marseille. Dans sa ville il vivait avec les poètes. Il écrivait lui aussi. Il passait des soirées entre amis. Sa sensibilité débordait. Quelquefois il disparaissait dans la nuit vers les calanques et revenant au matin tout couvert de rosée que le vent du matin venait sécher à son front. Ses mots n’étaient pas ceux des autres parce que son action poétique n’était pas du Verlaine.

Il est mort à Paris sans argent, sans femme et sans logement.

Ensuite, tu n’as plus qu’à développer ! :

dialogues avec les amis, monologues et rêves à Paris, ses marches, etc.

En fait, tu veux être à la mode : Marseille, les discours théoriques, intello, tu es un misanthrope de boulevard. Non, fais tout haut l’orgueilleux et l’amer, mais, tout bas, dis-moi tout simplement qu’elle ne t’aime pas.

 

B             Non, elle ne m’aime pas, mais pas seulement elle. Je sors de ma porte et déjà, ils sont là, hostiles, pas même indifférents. Mon journal, ma télé me disent que ce que j’attends du monde n’est pas à ma fenêtre. J’étouffe d’aimer et rien ne répond.

 

A             Et si tu te contentais de l’amour tel qu’il est.

 

B             Je le fais quelquefois, mais la crise a chassé 13 millions de personnes de leur emploi, en Indonésie, les salaires réels y ont chuté de 40 à 60% et la banque mondiale dit que dans ce pays,

1,5 millions d’enfants auraient quitté l’école. La participation des pays pauvres au commerce mondial, déjà dérisoire, s’effondrait de 9% des importations en 1980 à 1,4% en 1990 et à 1% en 1998. Le cinquième le plus riche de la planète absorbe 82% des exportations contre 1% pour le cinquième le plus pauvre.

L’amour est-il vraiment heureux quand ce que tu aimes souffre tant. Et toi-même, ton cinquième le plus pauvre, celui du cœur et du cerveau ne souffre-t-il pas des 1% de créativité et de plaisir qu’on te laisse comme miette de ton aliénation ?

 

A             Ce sujet est porteur, mais encore une fois : la mise en scène ? Même Maïakovsky y mettait du spectacle, et pourtant, as-tu vu souvent jouer la Punaise ou les Bains ?

 

C             Celui qui ne lutte pas est malheureux, celui qui est malheureux aime mal, celui qui aime mal, n’aime pas, ne peut plus aimer. La vie n’est qu’un sommeil, l’amour en est le rêve. Donnez-lui un paysage, il peindra les arbres, donnez-lui un corps, il peindra un sourire, donnez-lui un silence, il jouera du violon.

S’il lutte en écrivant, il retrouvera l’amour.

 

A             Bien ! Prenons un autre exemple :

Sous l’ancien régime (on dit cela de la monarchie), éclairer les esprits était une lutte. Les Lumières étaient ce qu’elles étaient, mais, quel sujet de bonheur pour ses acteurs. La promenade innocente de Jacques le Fataliste n’a-t-elle pas ce goût d’amour qui n’est pas dans ton discours. Car tu ne parles pas, tu discours, tu ne penses pas, tu enseignes. Pourtant, je te connais, tu pourrais parler, tu pourrais penser, à condition de t’ouvrir aux autres. Tout en toi dit : je ne peux pas ! Et aussi : je voudrais tant.

 

C             Tu ne peux chanter que ce sang enflant ton corps. La plus belle des fleurs tomberait, flétrie par les mots si la morsure de son arôme ne lacerait nos poitrines, nos côtes tendues par l’air brûlant.

Il faut, des heures et des heures, tourner désespérément l’angoisse dans ses mains, pour que naisse peu à peu le sanglot et le calme.

L’ironie sur ses lèvres était un cristal trop dur pour ton chant. Pour toi, tu aurais préféré que vienne la peur et l’angoisse, la trahison ou la mort plutôt que ne s’efface son sourire. Tu as oublié aussi un autre amour : la lenga de ta grand, la langue de ta grand-mère.

 

B             L’ai pas oblidada e es per aquò que sabi pas me batre. Siáu neissut d’un monde mòrt, qu’es a esperar dins sa nuech per respelir. L’an abituat a pas bolegar, a pas esperar. Mai l’esper se pòt pas tuar e regrelha. Resta solament dins son canton, que lo moment es pas de se far aclapar mai puslèu de s’escondre. fins que lei nafraduras garrisson.

 

A             Vois-tu, une fois de plus, on ne peut te comprendre.

 

B             Tu croiras que c’est moi, ton ami. Mais ce sera un autre j’aurai fait de mes 40 000 jours mon éternité et à chaque instant les courants de mon cerveau façonnent un autre nouveau moi. Mais il reste des choses de mon passé, autonomes et transformées.

 

A             Tu parles de toi comme si tu étais un computer.

 

B             C’est là ta contradiction. Tu t’effraie de mon pessimisme.

Le computer ne meurt pas et ne naît pas. L’humain s’auto-crée. Tant naturellement que culturellement.

Il se crée pour créer. Dans l’humain, il y a du biologique, il y a du renouvellement, de la mutation, de la maturation.

La dégénérescence est la contrepartie de la maturation. Cette progression de l’enfant à l’homme mûr, c’est ça l’amour. Tous ces efforts pour arriver à la pleine possession de ses capacités, c’est la source de toutes les émotions humaines, et des émotions aux sentiments humains . Cette humanité est un grand corps qui sort de l’enfance, et qui, sauf maladie mortelle juvénile, va vers la maturation puis vieillira et mourra, ainsi que l’univers. Mais de la mort sort à nouveau la vie, sort à nouveau la vie, sort à nouveau la vie

(il sort un pétard et se flingue)

 

C             C’était un subalterne dans une nation privilégiée. Il disposait d’un surproduit social pour pouvoir penser par lui-même. En avoir le temps, les moyens. Historiquement, c’était nouveau. Nouveau et anti-dominant. Comme une rupture qualitative dans la diversité biologique. Il était au cœur de la réflexion marxiste sur la mort des arbres.

 

A             (qui sort) Que manquait-il aux atomistes antique pour avoir été supplanté par les Eléates ? Qu’a eu le christianisme pour dominer la pensée humaine sur tant d’espace et de temps ? Il a pris la loi majoritaire de la classe dominante minoritaire et l’a adoucie, il a protesté mais n’a pas contesté. Puis sa protestation est devenue institutionnelle. Il a fait des retours vers l’adoucissement et des retours vers la barbarie. Le nazisme, ça existe, et dans tout.

 

Y a-t-il  une bifurcation qui sorte de la société marchande, y a-t-il une bifurcation qui s’éloigne de l’autodestruction par la puissance technique non contrôlée, y a-t-il une bifurcation vers une démocratie issue de conditions matérielle de vie qui rendent consciemment nécessaire l’adéquation des besoins de tous avec les besoins de chacun,  y a-t-il une bifurcation qui me fasse voir communiquer par e.mail 7 syndicalistes, 100 S.D.F, 3 politiques, 1000 enfants abandonnés des pays pauvres qui se meurent, 9 savants,  500 épouses, 13 balayeurs de gare, 10 amis suicidés…….

 

B             (se lève et avance les bras tendus, les yeux fermés vers les spectateur) . Commençons par un.

 

(noir et voix off) :

 

D             Ah non ! Ne recommençons pas !

 

Les arbres

et les enfants des arbres

sont morts

 

et la pluie ruisselle

quelquefois

sur leur cadavre de pierre

 

un jour

qu’il me reste encor mes mains

pour caresser leur corps

 

FIN

 

Pierre Assante

La Madrague, le 20 juillet 2001

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 05:47

1 pas en avant, 2 pas en arrière

 

Peut-on dépasser quelque chose si on refuse d’en hériter ?

C’est le hic de l’interprétation dogmatique de la formule : « la religion est l’opium du peuple ».

Au-delà du refus de l’héritage culturel du christianisme, c’est le refus de connaître son existence, sa constitution, son histoire mêlée à  2 millénaires d’histoire humaine.

Et quel  millénaire, au cœur de l’héritage culturel de la démocratie restreinte grecque, de la constitution de l’empire romain, des féodalités les plus puissantes économiquement, du développement gigantesque des forces productives par le capitalisme.

C’est se cacher les yeux pour y voir plus clair, par peur d’être trompé par la vision et finalement ne rien voir.

(citer les  influences de la culture – philosophe grecs, pratiques, loi hébraïque, modes de productions dont ils sont issus, différences historiques des uns aux autres…….à suivre…..)

Ne pas oublier le contexte du christianisme : société patriarcale et société marchande « primitive ».

Ni que Marx, qui "n’était pas marxiste" (cité par Agone), considère par exemple le capitalisme sous ses 2 aspects : progrès foudroyant (mais çà, c’est le cas de le dire  dans tous les sens) des forces productives, avancées culturelles qui vont de pair, ET renforcement de l’aliénation, compte du fossé grandissant entre les possibilités humaines et leur insatisfaction ! Ceci valable pour le capitalisme comme pour d’autres organisations sociales.

Je revendique l’héritage chrétien, son dépassement, l’héritage sous tous ses aspects et le dépassement de la haine répandue contre sa constitution réactionnaire moderne.

Antologia deis escrivans sociaus provençaus

« jèsu va ditz, au paradis, l’arma dau pauvre un beu jorn s’espandis, mai nos an prechat sa morala per nos menar coma un tropeu…. », aquò’s verai mai es un aspect solet e siáu segur que podem eiritar de cavas fòrças diversas. Par exemple, le patriarcat, c’est pas seulement l’exploitation abominable des femmes et cette société qui fabrique aujourd’hui ce terrorisme intégriste qui menace tout effort démocratique des peuples dominés. C’était aussi une organisation sociale où le militaire était nécessaire pour le développement de ces petits grands peuples de l’antiquité et après ?

 

Alors s’en sortir, c’est dépasser, je pense que tu es d’accord, mais que tu es peut-être choqué, n’étant pas comme moi issue d’une famille de tradition vote communiste ET pratique religieuse.

Quand on veut détruire militairement le passé, et pas idéologiquement, le passé renaît sans cesse parce qu’il est caché mais non vaincu (1 pas en avant, 2 pas en arrière). S’il est battu au niveau des idées, la voix de la bifurcation progressiste est ouverte. Et le mot « battu » est encore mauvais, « dépassé » étant celui qui entraîne le moins de malentendus.

Bien sûr l’idée de dépassement ne doit pas être une vision limitée à la théorie et paralysant toute action au nom de je ne sais quel humanisme. L’idée d’amour peut être aussi facteur d’action. Je répète ma conception de l’amour : un sentiment issu de conditions matérielles et qui prend son autonomie au-delà de ces conditions matérielles et devient un élément constant humain et une pratique constante humaine, bien sûr le sentiment passif utilisé par les uns et les autres à des fins qui peuvent être totalement opposées.

J’aime bien ma sœur l’eau, mon frère le soleil … il poverello retrouve le chemin de la matérialité et de l’aspiration à la paix au milieu du déferlement de la violence….

 

Exposé plus "fouillu" que brouillon, l’un n’empêchant pas l’autre, mais me plaisant bien comme ça......

 

Lettre de Pierre Assante à un ami, février 2002

 

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